Sourate Al-Baqara [2/285]

Sourate Al-Baqara [2/285]
Bloc 153 Verset 2/285

Traduction du sens des versets
{285} Le Messager a cru en ce qui lui a été révélé de la part de son Seigneur, ainsi que les croyants. Tous ont cru en Dieu, en Ses anges, en Ses livres et en Ses messagers. « Nous ne faisons aucune distinction entre Ses messagers. » Et ils dirent : « Nous avons entendu et obéi. Pardonne-nous, Seigneur ! Vers Toi est le retour. »

Translittération phonétique
{285} âmana al-rasûlu bimâ unzila ilayhi min rabbihi wa al-mu’minûn kullun âmana bi-llâhi wa malâ’ikatihi wa kutubihi wa rusulih lâ nufarriqu bayna aḥadin min rusulih wa qâlû sami‘nâ wa aṭa‘nâ ghuf’rânaka rabbanâ wa ilayka al-maṣîr

Exégèse des quatre grands commentateurs
Fakhr ad-Dîn ar-Râzî
[ar-Râzî, Mafâtîḥ, s. 2/285]

Ce verset rassemble en une seule formulation la structure complète de la foi. Il commence par le Prophète (000) lui-même, comme pour signifier que la foi n’est pas seulement enseignée : elle est d’abord portée. La mention explicite de tous les piliers de la croyance – Dieu, anges, Livres, messagers – établit une foi intégrale, sans sélection ni réduction. La profession finale, sami‘nâ wa aṭa‘nâ, marque le passage décisif de la réception à l’engagement.

Ar-Râghib al-Iṣfahânî
[al-Iṣfahânî, Mufradât, racines ‘-m-n / s-m-‘ / ṭ-w-‘]

Âmana ne signifie pas seulement croire intellectuellement, mais entrer dans un état de sécurité intérieure. Sami‘nâ renvoie à une écoute consciente et accueillante, tandis que aṭa‘nâ exprime une obéissance consentie, non contrainte. Lâ nufarriqu affirme une foi non fragmentée : reconnaître un messager implique reconnaître tous les autres, car la source est une.

Muḥammad al-Ṭâhir Ibn ‘Âshûr
[Ibn ‘Âshûr, Taḥrîr, s. 2/285]

Le verset met en scène une réponse collective idéale à la révélation. La foi n’est pas seulement individuelle, elle est communautaire, articulée autour du Prophète ﷺ. L’enchaînement écoute → obéissance → demande de pardon révèle une spiritualité mature : même l’obéissance ne dispense pas de l’humilité, car la conscience de Dieu dévoile toujours nos limites.

Muḥammad Ḥusayn Ṭabâṭabâî
[Ṭabâṭabâ’î, Mîzân, s. 2/285]

Ce verset révèle la nature du lien entre Dieu et les croyants : un lien de confiance et de retour. La foi n’aboutit pas à l’autosatisfaction morale, mais à l’invocation du pardon. Wa ilayka al-maṣîr inscrit toute la vie spirituelle dans un mouvement de retour : croire, obéir, faillir, demander, revenir.

Résonnances contemporaines

Ce verset occupe une place singulière dans la conscience musulmane : il n’est pas seulement récité, il est habité. Il accompagne la prière nocturne, il clôt des invocations, il est transmis comme un dépôt vivant. Sa force vient de sa simplicité radicale : tout l’islam y est condensé en quelques phrases, sans discours, sans argumentation, sans défense.

Il commence par un fait décisif : le Messager croit. Avant toute injonction adressée aux hommes, le Coran affirme que celui qui transmet est lui-même engagé, exposé, lié. La foi n’est pas une autorité qui s’impose d’en haut, mais une vérité vécue, assumée, portée jusqu’au bout.

Puis vient l’affirmation d’une foi universelle et non exclusive. Croire en tous les messagers sans distinction, c’est refuser toute appropriation identitaire de Dieu. C’est reconnaître que la vérité ne se laisse pas enfermer dans une époque, une langue ou un peuple. Dans un monde fracturé par les rivalités religieuses, ce verset rappelle que la foi islamique est fondamentalement une foi de continuité, de reconnaissance, et non de rupture arrogante.

La formule sami‘nâ wa aṭa‘nâ est au cœur de la liturgie parce qu’elle exprime l’attitude juste face à la révélation. Elle ne dit pas : « nous avons compris », ni « nous avons maîtrisé », mais « nous avons entendu ». L’écoute précède l’action. Et l’obéissance qui en découle n’est pas soumission aveugle, mais fidélité consciente à une parole reconnue comme vraie.

Mais le verset ne s’arrête pas là. Il introduit immédiatement la demande de pardon. C’est ici que se révèle la profondeur spirituelle du texte : l’obéissance n’est jamais brandie comme un mérite. Elle débouche sur l’humilité. Le croyant ne se tient pas devant Dieu comme un exécutant irréprochable, mais comme un être fragile, dépendant de la miséricorde.

Enfin, wa ilayka al-maṣîr donne à l’ensemble son orientation ultime. La foi n’est pas un état figé, ni un capital moral. Elle est un chemin de retour. Tout y converge : croyance, action, faute, pardon. Dans un monde obsédé par la performance et l’identité, ce verset enseigne une sagesse libératrice : ce qui compte n’est pas de se justifier, mais de revenir.

C’est pourquoi ce verset est tant récité. Il n’enseigne pas seulement ce qu’il faut croire ; il forme une posture intérieure. Écouter. Obéir. Demander pardon. Revenir à Dieu. À chaque fois.

Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
À propos
Globislam

...
Voir le profil de Globislam sur le portail Overblog

Commenter cet article