10 Juillet 2026
Le verset établit une organisation précise des responsabilités parentales, en particulier lorsque le couple est séparé. L’allaitement est reconnu comme un droit de l’enfant et une charge honorée de la mère, tandis que le père demeure responsable de l’entretien matériel. La mention de l’héritier montre que cette responsabilité ne disparaît pas avec la mort du père : la protection de la mère et de l’enfant relève d’un devoir durable.
La répétition de l’expression bi-l-ma‘rûf (convenablement) indique que l’enjeu n’est pas seulement juridique, mais moral. L’accord parental doit se fonder sur la bienséance reconnue, non sur la contrainte. Les termes tarâḍin (accords) et tashâwurin (consultations) soulignent que la décision concernant l’enfant doit procéder d’un consentement mutuel et d’une véritable consultation.
Le verset protège simultanément la mère, le père et l’enfant. Il empêche toute instrumentalisation de l’enfant dans un conflit conjugal et refuse que l’un des parents soit accablé au-delà de ses moyens. La justice familiale est ici pensée comme un équilibre dynamique, fondé sur la mesure, la responsabilité et la reconnaissance des capacités réelles.
La clôture du verset par le rappel du regard divin donne à l’ensemble une portée spirituelle décisive. Les règles énoncées ne sont pas de simples arrangements pratiques : elles sont des actes accomplis devant Dieu. La concertation et la modération deviennent ainsi des formes d’adoration, enracinées dans la conscience de la présence divine.
Ce verset déploie une éthique du soin d’une rare finesse. L’enfant n’y apparaît jamais comme un enjeu de pouvoir ou un moyen de pression, mais comme une responsabilité partagée qui oblige chacun à se dépasser sans écraser l’autre. La mère est honorée dans sa fonction nourricière, sans être enfermée dans une charge exclusive. Le père est rappelé à son devoir matériel, même en l’absence de vie conjugale. Nul ne peut se décharger, nul ne peut imposer.
La règle « nul n’est accablé au-delà de ses capacités » traverse tout le verset comme un principe de miséricorde structurante. Elle empêche la culpabilisation, la contrainte économique ou l’exploitation affective. La justice n’est pas ici une égalité abstraite, mais une adaptation lucide aux forces et aux limites réelles de chacun.
Le Coran introduit aussi une pédagogie du dialogue. Le sevrage n’est ni imposé ni interdit : il devient possible lorsque les deux parents s’accordent après consultation. Même le recours à une nourrice est autorisé, à condition que le droit de la mère soit respecté. Cette souplesse encadrée montre que la loi divine ne fige pas les situations, mais accompagne la vie dans sa complexité.
Dans un monde où la maternité est souvent épuisée, invisibilisée ou rendue incompatible avec la dignité économique, et où la paternité est parfois réduite à une fonction distante, ce verset propose un autre horizon. Il rappelle que la famille est un lieu de responsabilité spirituelle avant d’être une structure sociale. Agir avec justice envers l’enfant, la mère et le père, c’est agir sous le regard de Dieu. C’est là, dans ces gestes discrets de soin, de concertation et de mesure, que se joue une part essentielle de la fidélité à la foi.
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