Sourate Al-Baqara [2/252-253]

Sourate Al-Baqara [2/252-253]
Bloc 131 Versets 2/252 à 253

Traduction du sens des versets
{252} Voilà les versets de Dieu que Nous te récitons en toute vérité. Et tu es, certes, du nombre des envoyés. {253} Parmi ces messagers, certains ont reçu plus de faveurs que d’autres. À certains, Dieu a parlé ; et Il en a élevé d’autres en degrés. Et Nous avons donné à Jésus, fils de Marie, des preuves évidentes, et Nous l’avons soutenu par l’Esprit de sainteté. Si Dieu avait voulu, ceux qui vinrent après eux ne se seraient pas entretués, après que les preuves leur furent venues. Mais ils divergèrent : les uns crurent, les autres rejetèrent. Et si Dieu avait voulu, ils ne se seraient pas combattus. Mais Dieu fait ce qu’Il veut.

Translittération phonétique
{252} tilka âyâtu llâhi natlûhâ ‘alayka bi-l-ḥaqq wa innaka la-mina al-mursalîn {253} tilka al-rusulu faḍḍalnâ ba‘ḍahum ‘alâ ba‘ḍ minhum man kallama llâh wa rafa‘a ba‘ḍahum darajât wa âtaynâ ‘îsâ ibna maryam al-bayyinâti wa ayyadnâhu bi-rûḥi al-qudus wa law shâ’a llâhu mâ iqtalala alladhîna min ba‘dihim min ba‘di mâ jâ’athumu al-bayyinâtu wa-lâkini ikhtalafû fa-minhum man âmana wa minhum man kafar wa law shâ’a llâhu mâ iqtalû wa lâkinna llâha yaf‘alu mâ yurîd

Exégèse des quatre grands commentateurs
Fakhr ad-Dîn ar-Râzî
[ar-Râzî, Mafâtîḥ, s. 2/252–253]

Ces versets concluent la séquence historique précédente en établissant une clé d’intelligibilité : la vérité est pleinement donnée, mais la réception demeure différenciée. La préférence accordée à certains prophètes n’introduit aucune fracture du message ; elle correspond aux exigences des missions et des contextes. La divergence post-révélation n’est donc pas un défaut de la preuve, mais l’épreuve même de la liberté humaine.

Ar-Râghib al-Iṣfahânî
[al-Iṣfahânî, Mufradât, racines f-ḍ-l / r-w-ḥ / kh-l-f]

Faḍḍalnâ indique une grâce distribuée selon la finalité, non une supériorité d’essence. Rûḥ al-qudus renvoie à une assistance spirituelle stabilisante, qui soutient l’envoyé face à l’opposition. Ikhtilâf n’est pas une simple diversité d’opinions : il révèle une scission morale entre l’acceptation de la vérité et son refus.

Muḥammad al-Ṭâhir Ibn ‘Âshûr
[Ibn ‘Âshûr, Taḥrîr, s. 2/252–253]

Dieu affirme ici une pédagogie de l’histoire : la pluralité des prophètes est voulue, et la pluralité des réponses humaines est permise. L’unité de la foi n’exige pas l’uniformité des figures ni l’éradication de la liberté. La guerre qui survient après les preuves n’est pas un effet mécanique de la révélation, mais le fruit d’une divergence assumée par les hommes.

Muḥammad Ḥusayn Ṭabâṭabâ’î
[Ṭabâṭabâ’î, Mîzân, s. 2/252–253]

La souveraineté divine ne supprime pas la responsabilité humaine. Dieu élève, parle, soutient ; l’homme croit ou nie. La volonté divine s’exerce en laissant place au choix, afin que la vérité se manifeste sans contrainte. La foi n’est pas un automatisme provoqué par la preuve, mais un acte intérieur rendu possible par elle.

Hadîth thématique

« Les prophètes sont des frères de même père ; leurs mères sont différentes, mais leur religion est une. »

[Ṣaḥîḥ al-Bukhârî, ḥadîth ṣaḥîḥ n°3443]
Résonnances contemporaines

Ces versets livrent une clé décisive pour comprendre l’histoire humaine : la vérité n’abolit pas la liberté, elle la met à l’épreuve. Dieu n’a pas voulu une humanité mécaniquement unifiée par la contrainte du vrai ; Il a voulu une humanité responsable, capable d’accueillir ou de refuser, de croire ou de combattre. La divergence n’est pas le signe d’une défaillance divine, mais le lieu où se révèle la gravité du choix humain.

La hiérarchie des dons prophétiques n’instaure pas une compétition spirituelle ; elle montre que la guidance s’incarne différemment selon les besoins des peuples. L’unité du message traverse cette diversité comme un fil invisible. Là où l’homme exige l’uniformité pour se rassurer, la Révélation assume la pluralité pour éprouver la conscience.

Dans le monde contemporain, on confond souvent la paix avec l’effacement des différences, et l’unité avec la neutralisation des convictions. Ces versets disent l’inverse : supprimer la liberté pour éviter le conflit n’est pas une victoire morale. La violence naît lorsque la divergence n’est plus habitée par la responsabilité, mais par la négation de l’autre. La foi authentique ne cherche pas à éliminer la pluralité ; elle cherche à l’orienter vers le bien.

Enfin, l’affirmation répétée – « si Dieu avait voulu » – ne signifie pas fatalisme, mais mise en garde : Dieu n’est jamais pris en défaut par l’histoire. S’Il laisse les hommes diverger, c’est pour que leur vérité apparaisse. La Révélation éclaire, elle n’annule pas le choix. Et c’est précisément dans cet espace ouvert – entre preuve donnée et décision assumée – que se joue la dignité humaine.

Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
À propos
Globislam

...
Voir le profil de Globislam sur le portail Overblog

Commenter cet article