Sourate Al-Baqara [2/257]

Sourate Al-Baqara [2/257]
Bloc 135 Verset 2/257

Traduction du sens des versets
{257} Dieu est le protecteur de ceux qui croient : Il les fait sortir des ténèbres vers la lumière. Quant à ceux qui ont mécru, leurs alliés sont les fausses divinités, qui les font sortir de la lumière vers les ténèbres. Voilà ceux qui seront les compagnons du Feu, où ils demeureront éternellement.

Translittération phonétique
{257} allâhu waliyyu alladhîna âmanû yukhrijuhum mina al-ẓulumâti ilâ al-nûr wa alladhîna kafarû awliyâ’uhumu al-ṭâghût yukhrijûnahum mina al-nûri ilâ al-ẓulumât ulâ’ika aṣḥâbu al-nâri hum fîhâ khâlidûn

Exégèse des quatre grands commentateurs
Fakhr ad-Dîn ar-Râzî
[ar-Râzî, Mafâtîḥ, s. 2/257]

Le verset établit une opposition structurante entre deux types de walâyah. Dieu est Walî des croyants au sens le plus intime : Il les prend en charge, les accompagne et les conduit. Cette relation produit un mouvement réel : une sortie progressive des ténèbres vers la lumière. À l’inverse, ceux qui refusent la foi se placent sous la walâyah du ṭâghût, qui n’éclaire pas mais détourne, et les entraîne de la lumière – c’est-à-dire de la disposition naturelle à la vérité – vers des obscurités multiples. La pluralité des ténèbres face à l’unicité de la lumière indique que l’égarement se fragmente tandis que la vérité unifie.

Ar-Râghib al-Iṣfahânî
[al-Iṣfahânî, Mufradât, racines w-l-y / ẓ-l-m / ṭ-gh-y]

Walî désigne une proximité active et continue, non une protection lointaine. Dieu agit comme allié, non comme simple guide extérieur. Les ẓulumât sont plurielles parce qu’elles prennent des formes variées : ignorance, injustice, confusion, domination. La nûr, elle, est unique, car la vérité ne se divise pas. Le ṭâghût n’est pas une idole isolée mais toute puissance qui dépasse sa limite et prétend gouverner l’homme à la place de Dieu.

Muḥammad al-Ṭâhir Ibn ‘Âshûr
[Ibn ‘Âshûr, Taḥrîr, s. 2/257]

Le verbe yukhrijuhum indique une action divine directe : la foi n’est pas seulement une adhésion intellectuelle, mais un déplacement existentiel initié par Dieu. Le croyant est extrait d’un état et conduit vers un autre. À l’inverse, le ṭâghût opère un mouvement inverse, de la clarté initiale vers la confusion. Le Feu final n’est pas un accident extérieur, mais l’aboutissement logique d’un cheminement déjà engagé ici-bas.

Muḥammad Ḥusayn Ṭabâṭabâ’î
[Ṭabâṭabâ’î, Mîzân, s. 2/257]

Le verset décrit une transformation ontologique. La walâyah divine ne se limite pas à orienter ; elle refaçonne l’être en le ramenant vers la lumière originelle de la fiṭrah. L’attachement au ṭâghût étouffe cette lumière et inverse le mouvement naturel. La sortie vers la lumière est progressive et miséricordieuse ; la plongée dans les ténèbres est cumulative et aliénante.

Résonnances contemporaines

Ce verset ne décrit pas deux catégories figées, mais deux dynamiques opposées. La foi n’est pas un statut, c’est un arrachement. Dieu ne déclare pas seulement les croyants « justes » ; Il agit sur eux, Il les fait sortir. La lumière n’est pas atteinte par un saut brutal, mais par un chemin de dégagement, de clarification, de libération intérieure. Être croyant, c’est consentir à être déplacé hors de ce qui obscurcit.

La pluralité des ténèbres est ici décisive. L’homme moderne peut vivre entouré de lumières techniques tout en demeurant dans l’obscurité du sens. Les ṭawâghît contemporains ne sont pas toujours religieux : ce sont les systèmes, les idéologies, les marchés, les récits dominants qui promettent sécurité, identité ou puissance, mais exigent en retour une soumission intérieure. Ils prétendent éclairer, mais ils conduisent de la lumière vers des ténèbres plus profondes, car ils coupent l’homme de sa source.

La walâyah divine, au contraire, n’écrase pas. Elle n’impose pas, elle accompagne. Dieu ne force pas l’âme ; Il la tire doucement hors de ce qui la ferme. Cette sortie est un acte de miséricorde, non de performance. Elle demande au croyant non de se glorifier, mais de reconnaître qu’il ne se sauve pas lui-même.

Le Feu évoqué à la fin du verset n’est pas présenté comme une sanction arbitraire. Il est la demeure de ceux qui ont choisi un autre allié, une autre fidélité, une autre lumière illusoire. Être « compagnon du Feu », c’est avoir persisté dans une alliance qui consume au lieu d’éclairer.

Ce verset pose alors une question radicale, toujours actuelle : qui est ton walî réel ? Qu’est-ce qui te guide quand tu décides, quand tu désires, quand tu crains ? Car nul ne sort des ténèbres seul. Soit l’on est tiré vers la lumière par le Vivant, soit l’on est entraîné vers l’ombre par ce qui se fait passer pour absolu. Entre ces deux alliances, il n’y a pas de neutralité durable.

Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
À propos
Globislam

...
Voir le profil de Globislam sur le portail Overblog

Commenter cet article