Sourate Al-Baqara [2/100]

 Sourate Al-Baqara [2/100]
Bloc 52 Verset 2/100

Traduction du sens des versets
{100} Et chaque fois qu’ils concluent un pacte, une partie d’entre eux le rejette. En vérité, la plupart d’entre eux ne sont pas croyants.

Translittération phonétique
{100} a-wa kullamâ ‘âhadû ‘ahdan nabadhahu farîqun min’hum bal aktharuhum lâ yu’minûn

Exégèse des quatre grands commentateurs
Fakhr ad-Dîn ar-Râzî
[ar-Râzî, Mafâtîḥ, s. 2/100]

L’expression nabadhahu farîqun min’hum (« une partie d’entre eux le rejette. ») indique un rejet actif, conscient, répété. Le verset ne vise pas un incident isolé mais une constante historique : l’alliance conclue est aussitôt relativisée, puis abandonnée lorsque l’intérêt immédiat l’exige.

Ar-Râghib al-Iṣfahânî
[al-Iṣfahânî, Mufradât, racine n-b-dh ; ‘-h-d]

Nabadh (rejetter) signifie « jeter derrière soi », geste de mépris délibéré. Le ‘ahd n’est pas un simple accord verbal : il engage moralement et spirituellement. Le rejeter revient à nier la sacralité même de l’engagement.

Muḥammad al-Ṭâhir Ibn ‘Âshûr
[Ibn ‘Âshûr, Taḥrîr, s. 2/100]

La formule bal aktharuhum lâ yu’minûn (« la plupart d’entre eux ne sont pas croyants. ») ne relève pas de l’exagération polémique. Elle établit un critère : l’absence de fidélité au pacte révèle l’absence réelle de foi, quelles que soient les affirmations extérieures.

Muḥammad Ḥusayn Ṭabâṭabâ’î
[Ṭabâṭabâ’î, Mîzân, s. 2/100]

Le verset dévoile une posture opportuniste : les alliances sont acceptées lorsqu’elles servent, rejetées lorsqu’elles contraignent. La foi devient alors conditionnelle, donc factice.

Résonnances contemporaines

Ce verset révèle une pathologie spirituelle précise : la foi à géométrie variable. On contracte un pacte avec Dieu, avec la vérité, avec la justice – puis on le renie dès qu’il devient exigeant. La rupture n’est pas accidentelle ; elle devient une habitude, une manière d’être.

Le Coran ne reproche pas ici la faiblesse passagère, mais la trahison répétée. La foi authentique peut vaciller, mais elle revient. La foi factice, elle, négocie, reporte, requalifie. Elle transforme l’alliance en outil stratégique plutôt qu’en lien vital.

Dans les sociétés contemporaines, cette logique est omniprésente : engagements réversibles, valeurs proclamées puis abandonnées, promesses conditionnées à l’intérêt. La religion elle-même peut devenir contractuelle : on obéit tant que cela ne coûte pas trop. Le Coran tranche : une telle posture révèle l’absence de foi réelle.

La phrase finale est décisive : la plupart d’entre eux ne sont pas croyants. Non parce qu’ils n’ont jamais entendu, mais parce qu’ils n’ont jamais accepté que la foi les lie durablement. La foi n’est pas un discours, ni une identité : elle est fidélité dans le temps.

Ce verset interpelle directement le croyant d’aujourd’hui : tiens-tu le pacte seulement quand il t’arrange ? Ou même quand il te dérange ? La réponse ne se trouve pas dans les mots, mais dans la constance. Car la foi véritable ne se jette jamais derrière soi.

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