9 Juillet 2026
L’expression nabadhâ kitâba allâhi warâ’a ẓuhûrihim (« rejeta le Livre de Dieu derrière leur dos ») décrit un geste de mépris explicite : jeter derrière soi ce que l’on refuse d’assumer. Le rejet est d’autant plus grave que le Livre nouveau confirme ce qu’ils possédaient déjà.
Nabdh (rejetter) signifie exclure avec dédain. Le syntagme ka-annahum lâ ya‘lamûn (« comme s’ils ne savaient pas. ») ne décrit pas l’ignorance réelle, mais la simulation de l’ignorance pour éviter l’obéissance.
Le verset vise une minorité active (farîqun), non la totalité. La faute est consciente : ils savent, reconnaissent, puis manipulent. Dieu ne condamne pas l’ignorance subie, mais la connaissance trahie.
Le rejet porte sur kitâba allâh en tant qu’ordre vivant, non sur un simple écrit. Posséder un Livre sans l’honorer équivaut à renier la guidance elle-même.
Ce verset décrit une scène d’une actualité brûlante : reconnaître la vérité, puis l’écarter pour préserver une position, un confort ou une autorité. Le geste n’est pas la négation frontale, mais l’oubli volontaire. On ne combat pas le Livre ; on l’écarte, on le rend muet, on le place derrière soi.
La gravité tient à la connaissance préalable. Le Coran distingue soigneusement l’ignorant de celui qui feint l’ignorance. Le second sait que l’obéissance l’engagerait, l’obligerait à se transformer. Il choisit donc de neutraliser la vérité par l’évitement.
Dans nos sociétés, ce mécanisme est fréquent : on célèbre les textes, on les cite, on les commémore – mais on évite leur force normative. Le Livre devient patrimoine, référence culturelle, mémoire identitaire, tandis que son appel vivant est repoussé hors du champ des décisions.
Le verset renverse alors la question vers le lecteur : que faisons-nous du Livre que nous disons honorer ? Le tenons-nous devant nous comme boussole, ou l’avons-nous, nous aussi, placé derrière notre dos lorsque ses exigences contrariaient nos intérêts ?
Le Coran rappelle que la foi n’est pas la possession d’un texte, mais la fidélité à ce qu’il commande. Rejeter le Livre après l’avoir reconnu est une trahison plus lourde que l’ignorance initiale. La cohérence exigée ici est simple et radicale : accueillir la lumière quand elle vient – ou assumer la responsabilité de l’avoir repoussée.
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