10 Juillet 2026
Le verset condamne sans ambiguïté toute rétention malveillante après le divorce. Reprendre une épouse pour la faire souffrir ou la maintenir sous pression constitue une transgression manifeste des limites divines. Le texte impose une alternative exclusive : soit la reprise s’opère dans une intention droite et respectueuse, soit la séparation doit être nette et digne. Toute autre voie relève de l’injustice, d’abord contre soi-même.
Le terme ḍirâr (nuire) désigne un préjudice intentionnel, pensé et voulu. Il ne s’agit pas d’un dommage accidentel, mais d’un usage délibéré du droit pour nuire. L’expression bi-ma‘rûf (avec convenance) rappelle que la norme n’est pas la seule validité juridique, mais la reconnaissance sociale et morale du bien. Le droit conjugal ne peut être séparé de cette exigence éthique.
Le verset relie explicitement la législation conjugale au don du Livre et de la sagesse (al-kitâb wa al-ḥikma’). Il ne s’agit pas seulement de règles, mais d’une pédagogie divine destinée à élever les comportements. Prendre les signes de Dieu à la légère consiste à les détourner de leur finalité, en les transformant en instruments de domination ou de vengeance.
Dieu recentre ici la question du divorce sur la purification du cœur. Celui qui retient pour nuire se détruit spirituellement avant même de blesser l’autre. La conclusion du verset par l’appel à la taqwâ (piété) et à la science divine (wa-ittaqû llâha wa‘lamû anna llâha bi-kulli shay’in ‘alîm) rappelle que toute relation humaine se déploie sous le regard de Dieu, qui connaît les intentions cachées.
Ce verset dévoile une vérité dérangeante : le mal relationnel naît souvent non de la rupture elle-même, mais de l’ambiguïté entretenue. Retenir sans aimer, prolonger sans réparer, maintenir un lien uniquement pour empêcher l’autre d’avancer constitue une forme de violence silencieuse. Le Coran la nomme clairement et la condamne sans détour.
L’exigence posée est radicale dans sa simplicité. Si la reprise vise la réconciliation sincère, elle est licite et même encouragée. Si elle vise à nuire, à contrôler ou à humilier, elle devient une transgression spirituelle. Le droit cesse alors d’être un refuge : il devient un révélateur de l’intention. Celui qui abuse du cadre légal se fait du tort à lui-même, car il abîme son propre rapport à Dieu et à la vérité.
Le verset élargit ensuite la perspective. Il rappelle que la loi divine n’est pas un système abstrait, mais un don accompagné de sagesse. Prendre les signes de Dieu à la légère, c’est les vider de leur sens, les réduire à des procédures sans âme. À l’inverse, s’en souvenir, c’est laisser la révélation éclairer les choix les plus concrets, y compris ceux qui touchent à l’intime et à la douleur de la séparation.
Dans un monde où la légalité sert souvent d’alibi à la cruauté ordinaire, ce texte coranique impose une exigence intérieure. Il ne suffit pas d’être dans son droit ; il faut être dans le juste. La vraie force n’est pas de retenir, mais de se retenir. La vraie dignité n’est pas de posséder, mais de libérer sans nuire. C’est dans cette retenue, discrète mais exigeante, que se mesure la profondeur de la foi et la sincérité de la crainte de Dieu.
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