Sourate Al-Baqara [2/230]

Sourate Al-Baqara [2/230]
Bloc 114 Verset 2/230

Traduction du sens des versets
{230} S’il la répudie (une troisième fois), elle ne lui sera plus licite tant qu’elle n’aura pas épousé un autre mari. Et si ce dernier la répudie, alors il n’y a pas de faute pour eux à revenir l’un vers l’autre, s’ils pensent pouvoir respecter les limites de Dieu. Voilà les limites de Dieu qu’Il expose aux gens qui savent.

Translittération phonétique
{230} fa-in ṭallaqahâ fa-lâ taḥillu lahu min ba‘du ḥattâ tankiḥa zawjan ghayrah fa-in ṭallaqahâ fa-lâ junâḥa ‘alayhimâ an yatarâja‘â in ẓannâ an yuqîmâ ḥudûda llâhi wa tilka ḥudûdu llâhi yubayyinuhâ li-qawmin ya‘lamûn

Exégèse des quatre grands commentateurs
Fakhr ad-Dîn ar-Râzî
[ar-Râzî, Mafâtîḥ, s. 2/230]

Ce verset met un terme définitif au cycle des répudiations successives. Après deux divorces, la troisième séparation rend le retour immédiatement illicite afin de bloquer toute manipulation du lien conjugal. La condition d’un autre mariage réel empêche l’homme de garder la femme dans une dépendance affective ou juridique. La limite imposée est volontairement forte, car elle vise à fermer la porte à l’arbitraire.

Ar-Râghib al-Iṣfahânî
[al-Iṣfahânî, Mufradât, racines n-k-ḥ / ḥ-d-d]

Le terme tankiḥa désigne un mariage authentique, fondé sur l’intention et la réalité du lien, non une formalité ou une ruse. Toute tentative de contournement viderait la loi de son sens. Les ḥudûd (« limites de Dieu ») mentionnées ici ne sont pas de simples règles, mais des frontières morales destinées à préserver la vérité des relations humaines.

Muḥammad al-Ṭâhir Ibn ‘Âshûr
[Ibn ‘Âshûr, Taḥrîr, s. 2/230]

Le verset protège explicitement la femme contre le chantage affectif et la reprise opportuniste. La possibilité d’un retour ultérieur n’est ouverte qu’après une expérience conjugale réelle et indépendante, qui rompt toute logique d’appropriation. La loi vise ainsi à rendre la décision irréversible dans l’immédiat, afin de restaurer la liberté et la dignité.

Muḥammad Ḥusayn Ṭabâṭabâ’î
[Ṭabâṭabâ’î, Mîzân, s. 2/230]

Le retour n’est conditionné ni par la nostalgie ni par le désir, mais par la capacité sincère à respecter les limites divines. Le verset élève la séparation au rang d’acte moral exigeant, où l’intention droite devient la condition de toute réconciliation possible. La connaissance mentionnée à la fin (« aux gens qui savent », li-qawmin ya‘lamûn) renvoie à une compréhension profonde du sens des limites.

Résonnances contemporaines

Ce verset introduit une limite radicale destinée à purifier le rapport au pouvoir dans la relation conjugale. La troisième répudiation n’est pas conçue comme une simple formalité juridique, mais comme une rupture qui empêche toute oscillation intéressée entre séparation et reprise. Le lien humain ne peut être manipulé indéfiniment sans être détruit ; c’est précisément ce que le texte vient empêcher.

L’exigence d’un autre mariage réel avant tout retour éventuel brise toute stratégie de contournement. Elle impose une discontinuité forte, qui oblige chacun à mesurer la portée de ses actes. Le droit cesse d’être un outil technique et redevient une pédagogie morale : ce qui est permis n’est pas ce qui est calculable, mais ce qui est assumable devant Dieu.

Dans une culture où la loi peut être vidée de son sens par la ruse, l’optimisation ou la pure procédure, ce verset rappelle que la limite est constitutive de la liberté. La possibilité d’un retour n’est ouverte qu’à ceux qui ont traversé l’épreuve de la séparation avec vérité, sans manipulation ni instrumentalisation de l’autre. Le Coran enseigne ici que la relation humaine n’est pas un terrain d’expérimentation sans conséquences, mais un espace sacré où chaque transgression laisse une trace.

Ainsi, les ḥudûd Allâh apparaîssent non comme une clôture arbitraire, mais comme une protection contre la violence invisible des rapports de force. La loi divine n’humilie pas : elle oblige à la sincérité, à la responsabilité et à la lucidité. Là où l’homme serait tenté de transformer le droit en tactique, Dieu rappelle que la justice commence par l’acceptation consciente des limites.

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