Sourate Al-Baqara [2/138 à 141]

Sourate Al-Baqara [2/138 à 141]
Bloc 70 Versets 2/138 à 141

Traduction du sens des versets
{138} Teinte de Dieu ! Et qui donne meilleure teinte que Dieu ? C’est Lui que nous adorons. {139} Dis : « Allez-vous discuter avec nous au sujet de Dieu, alors qu’Il est notre Seigneur comme Il est votre Seigneur ? À nous nos œuvres, et à vous les vôtres. Et c’est à Lui que nous sommes dévoués. » {140} Ou dites-vous qu’Abraham, Ismaël, Isaac, Jacob et les Tribus étaient juifs ou chrétiens ? Dis : « Est-ce vous les plus savants, ou Dieu ? » Et qui est plus injuste que celui qui dissimule un témoignage qu’il détient de Dieu ? Et Dieu n’est pas inattentif à ce que vous faites. {141} Voilà une communauté qui a disparu. À elle ce qu’elle a acquis, et à vous ce que vous avez acquis. Et vous ne serez pas interrogés sur ce qu’ils faisaient.

Translittération phonétique
{138} ṣibghata allâhi wa man aḥsanu min allâhi ṣibghatan wa naḥnu lahu ‘âbidûn {139} qul atuḥâjjûnanâ fî allâhi wa huwa rabbunâ wa rabbukum wa lanâ a‘mâlunâ wa lakum a‘mâlukum wa naḥnu lahu mukhliṣûn {140} am taqûlûna inna ibrâhîma wa ismâ‘îla wa isḥâqa wa ya‘qûba wa al-asbâṭa kânû hûdân aw naṣârâ qul a-antum a‘lamu am allâhu wa man aẓlamu mimman katama shahâdatan ‘indahu mina allâhi wa mâ allâhu bi-ghâfilin ‘ammâ ta‘malûn {141} tilka ummatun qad khalat lahâ mâ kasabat wa lakum mâ kasabtum wa lâ tusʾalûna ‘ammâ kânû ya‘malûn

Exégèse des quatre grands commentateurs
Fakhr ad-Dîn ar-Râzî
[ar-Râzî, Mafâtî, s. 2/138–141]

La ṣibgha (teinte) désigne une transformation profonde et pénétrante : la foi marque l’être de l’intérieur. Les versets dénoncent ensuite la tentative d’enfermer les prophètes dans des identités confessionnelles tardives. La religion authentique relève d’une sincérité spirituelle, non d’un identitarisme hérité.

Ar-Râghib al-Iṣfahânî
[al-Iṣfahânî, al-Mufradât, racine ṣ-b-gh]

La ṣibgha est à la fois teinture et empreinte : Dieu imprime la forme vraie de la foi dans l’homme. Cette marque n’est ni extérieure ni nominale ; elle modèle la nature intérieure de celui qui adore avec sincérité.

Muḥammad al-Ṭâhir Ibn ‘Âshûr
[Ibn ‘Âshûr, Taḥrîr, s. 2/138–141]

Le discours coranique refuse la polémique confessionnelle et recentre la foi sur la dévotion pure. La discussion identitaire est vaine dès lors que Dieu est le Seigneur de tous. La religion se définit par la finalité spirituelle et la droiture des œuvres.

Muḥammad Ḥusayn Ṭabâṭabâ’î
[Ṭabâṭabâ’î, Mîzân, s. 2/138–141]

La reprise du principe de responsabilité affirme qu’aucune figure prophétique ne peut être monopolisée. Chaque génération répond de ses actes. La pureté de la voie abrahamique exclut toute appropriation cléricale ou communautaire.

Résonnances contemporaines

Ces versets proposent une compréhension intérieure et exigeante de la religion. Être « teinté par Dieu » ne signifie pas afficher une appartenance, mais laisser la foi transformer le regard, les actes et les intentions. La voie d’Ibrahim apparaît ainsi comme une orientation de l’être vers l’Un, dégagée des rivalités confessionnelles et des constructions identitaires.

Cette perspective entre en tension avec les usages modernes de la religion, tantôt instrumentalisée comme idéologie sociale, tantôt dissoute dans une neutralisation du sens. Là où certains voient dans la foi un marqueur collectif ou un masque, le Coran affirme une religion vécue comme empreinte intérieure, irréductible à un rôle politique ou culturel.

Il en découle un appel clair à la responsabilité. La religion pure ne se transmet ni par l’étiquette ni par l’héritage symbolique, mais par l’authenticité de l’adoration et la rectitude des œuvres. Revenir à la ṣibghat Allâh, c’est purifier la foi de toute division pour la recentrer sur le tawḥîd, seule source d’unité véritable.

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