Sourate Al-Baqara [2/155 à 157]

 Sourate Al-Baqara [2/155 à 157]
Bloc 78 Versets 2/155 à 157

Traduction du sens des versets
{155} Très certainement, Nous vous éprouverons par un peu de peur, de faim, de perte de biens, de vies et de fruits. Et annonce la bonne nouvelle aux patients. {156} Ceux qui, lorsqu’un malheur les atteint, disent : « Certes, nous appartenons à Dieu, et c’est vers Lui que nous retournons. » {157} Ceux-là reçoivent les bénédictions de leur Seigneur, ainsi que Sa miséricorde. Et ce sont eux les bien-guidés.

Translittération phonétique
{155} wa la-nabluwannakum bi-shayʾin mina al-khawfi wa al-jû‘i wa naqṣin mina al-amwâli wa al-anfusi wa al-thamarât wa bashshir al-ṣâbirîn {156} alladhîna idhâ aṣâbat-hum muṣîbatun qâlû innâ li-allâhi wa innâ ilayhi râji‘ûn {157} ulâʾika ‘alayhim ṣalawâtun min rabbihim wa raḥma wa ulâʾika humu al-muhtadûn

Exégèse des quatre grands commentateurs
Fakhr ad-Dîn ar-Râzî
[ar-Râzî, Mafâtîḥ, s. 2/155–157]

Les épreuves énumérées sont qualifiées de shayʾ (un peu), soulignant qu’elles demeurent mesurées dans le dessein divin. Leur fonction n’est pas d’écraser, mais d’éprouver la constance. La formule de retour à Dieu manifeste une soumission enracinée dans le tawḥîd, qui transforme l’épreuve en purification.

Ar-Râghib al-Iṣfahânî
[al-Iṣfahânî, Mufradât, racines ṣ-w-b / ṣ-b-r]

La muṣîba (malheur) atteint avec justesse : elle touche précisément ce qui doit être travaillé dans l’âme. La patience consiste à maintenir l’équilibre intérieur sans désespoir ni emportement, permettant à l’épreuve de devenir croissance.

Muḥammad al-Ṭâhir Ibn ‘Âshûr
[Ibn ‘Âshûr, Taḥrîr, s. 2/155–157]

Ces versets redéfinissent le malheur comme chemin de guidance. Les ṣalawât (bénédictions) accordées par Dieu signifient une élévation spirituelle et un accompagnement particulier. La réponse confiante du croyant ouvre l’accès à la miséricorde.

Muḥammad Ḥusayn Ṭabâṭabâ’î
[Ṭabâṭabâ’î, Mîzân, s. 2/155–157]

La séquence est claire : épreuve, réponse spirituelle, puis guidance. La bien-guidance n’est pas théorique ; elle naît de l’acceptation confiante et consciente de l’épreuve, vécue comme relation avec Dieu.

Résonnances contemporaines

Ces versets déplacent radicalement le regard porté sur l’épreuve. La peur, la faim et les pertes ne sont ni des anomalies ni des injustices aveugles, mais des moments de dévoilement où se révèle la qualité du lien à Dieu. L’épreuve est annoncée à l’avance, non pour décourager, mais pour préparer le cœur à y répondre avec justesse.

La formule de retour à Dieu n’est pas une résignation fataliste ; elle est un acte de lucidité spirituelle. Elle réinscrit l’événement douloureux dans une histoire plus vaste que l’instant présent. En affirmant l’appartenance à Dieu, le croyant refuse que la perte définisse son être. Il transforme le choc en orientation.

Il en résulte une promesse exigeante et consolante à la fois. Les bénédictions et la miséricorde ne sont pas conditionnées par l’absence d’épreuve, mais par la manière de l’habiter. La guidance se révèle dans la patience active, celle qui ne nie pas la douleur mais la traverse sans rompre le lien. Dans un monde qui voit dans le malheur une absurdité ou une faute, le Coran propose une pédagogie de l’espérance : la lumière n’efface pas l’épreuve, elle naît en son cœur.

Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
À propos
Globislam

...
Voir le profil de Globislam sur le portail Overblog

Commenter cet article