Sourate Al-Baqara [2/158]

 Sourate Al-Baqara [2/158]
Bloc 79 Verset 2/158

Traduction du sens des versets
{158} Ṣafâ et Marwa font partie des rites sacrés de Dieu. Quiconque accomplit le pèlerinage à la Maison, ou la ‘umra, ne commet aucun mal en les parcourant. Et quiconque fait spontanément un bien, alors Dieu est reconnaissant, omniscient.

Translittération phonétique
{158} inna al-ṣafâ wa al-marwata min sha‘âʾiri allâh fa-man ḥajja al-bayta awi i‘tamara fa-lâ junâḥa ‘alayhi an yaṭṭawwafa bihimâ wa man taṭawwa‘a khayran fa-inna allâha shâkirun ‘alîm

Exégèse des quatre grands commentateurs
Fakhr ad-Dîn ar-Râzî
[ar-Râzî, Mafâtîḥ, s. 2/158]

Le verset lève une hésitation née d’usages antérieurs en réaffirmant la sacralité de Ṣafâ et Marwa. Le Coran purifie le rite de ses attaches polythéistes sans l’abolir, le réinscrivant dans le monothéisme pur comme signe légitime de Dieu.

Ar-Râghib al-Iṣfahânî
[al-Iṣfahânî, Mufradât, racine sh-‘-r]

Les sha‘âʾir (rites sacrés) sont des signes visibles qui éveillent la conscience de Dieu. Le rite devient mémoire incarnée : le corps se déplace pour rappeler au cœur la grandeur divine et la fidélité inscrite dans l’histoire.

Muḥammad al-Ṭâhir Ibn ‘Âshûr
[Ibn ‘Âshûr, Taḥrîr, s. 2/158]

La levée du junâḥ (infraction) ne constitue pas une simple permission, mais une réhabilitation pleine. Le sa‘î (les parcours entre Ṣafâ et Marwa) est confirmé comme pratique légitime du pèlerinage, restaurée dans sa finalité spirituelle et dégagée de toute confusion ancienne.

Muḥammad Ḥusayn Ṭabâṭabâ’î
[Ṭabâṭabâ’î, Mîzân, s. 2/158]

La mention du taṭawwu‘ (acte de bien) élargit l’horizon du rite. Dieu est shâkir, reconnaissant, et multiplie la valeur des œuvres volontaires. La sincérité et l’élan libre donnent au geste rituel sa profondeur auprès de Dieu.

Résonnances contemporaines

Ce verset redonne au rite sa densité spirituelle. Parcourir Ṣafâ et Marwa n’est ni un automatisme ni une survivance historique, mais une mémoire vivante. Le geste répété inscrit le croyant dans une continuité où le corps devient langage, rappelant que la foi ne se vit pas seulement dans l’intellect, mais dans l’engagement total de l’être.

La réhabilitation de ces lieux montre que le Coran ne supprime pas l’histoire, mais la purifie. Ce qui a été entaché par l’idolâtrie peut être restauré lorsqu’il est réorienté vers Dieu. À l’encontre d’une modernité qui réduit le rite à l’irrationnel ou à l’utile, le Coran affirme une autre logique : celle du signe, de la gratuité et du don.

Il en découle une éthique du geste sincère. Même l’œuvre volontaire, discrète et non prescrite, est reconnue par Dieu. La spiritualité islamique se révèle ici comme une pédagogie de la mémoire et de la reconnaissance. Marcher entre Ṣafâ et Marwa, c’est apprendre que la fidélité, l’endurance et la confiance peuvent être inscrites dans un pas, et que ce pas, offert sans calcul, peut devenir éternité.

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