Sourate Al-Baqara [2/188]

Sourate Al-Baqara [2/188]
Bloc 93 Verset 2/188

Traduction du sens des versets
{188} Et ne dévorez pas injustement les biens des autres, et ne les utilisez pas pour corrompre les juges afin de consommer sciemment une partie des biens des gens dans le péché.

Translittération phonétique
{188} wa lâ taʾkulû amwâlakum baynakum bi-al-bâṭil wa tudlû bihâ ilâ al-ḥukkâm li-taʾkulû farîqan min amwâli al-nâsi bi-al-ithmi wa antum ta‘lamûn

Exégèse des quatre grands commentateurs
Fakhr ad-Dîn ar-Râzî
[ar-Râzî, Mafâtîḥ, s. 2/188]

Le verset associe deux formes d’injustice économique : l’appropriation illicite et la manipulation des institutions judiciaires. Le bâṭil (l’injuste) désigne ce qui peut paraître valide extérieurement tout en étant privé de toute légitimité morale. La loi humaine peut ainsi être instrumentalisée contre la vérité.

Ar-Râghib al-Iṣfahânî
[al-Iṣfahânî, Mufradât, racine b-ṭ-l]

Le bâṭil est ce qui ne repose sur aucun fondement stable. L’évocation des juges révèle que le droit, s’il est corrompu, devient un amplificateur d’injustice. La transgression ne réside pas seulement dans l’acte, mais dans le détournement conscient de la norme.

Muḥammad al-Ṭâhir Ibn ‘Âshûr
[Ibn ‘Âshûr, Taḥrîr, s. 2/188]

Le Coran vise ici le formalisme juridique dépourvu d’éthique. Obtenir gain de cause par des procédures ne garantit en rien la rectitude devant Dieu. La responsabilité morale subsiste au-delà du verdict humain.

Muḥammad Ḥusayn Ṭabâṭabâ’î
[Ṭabâṭabâ’î, Mîzân, s. 2/188]

La clause wa antum ta‘lamûn (sciemment) accentue la gravité de la faute : l’injustice est aggravée lorsqu’elle est commise avec lucidité. Le péché économique devient alors une corruption volontaire de la conscience.

Résonnances contemporaines

Ce verset place l’économie sous le regard de Dieu. Il refuse toute dissociation entre efficacité juridique et justice morale. Le gain obtenu par la ruse, la corruption ou l’instrumentalisation du droit demeure une spoliation, même lorsqu’il est validé par une autorité humaine. Le Coran rappelle ainsi que la légalité n’équivaut jamais à la légitimité.

Cette parole entre en tension avec des systèmes où le droit devient une technique de pouvoir et où la compétence juridique sert à contourner l’équité. Là où la corruption se dissimule derrière des procédures, le Coran dévoile le bâṭil (l’injuste) sous ses apparences respectables. L’acte économique n’est jamais neutre : il engage la conscience et expose l’âme.

Il en découle une exigence de droiture radicale. Refuser de manger l’injustice, c’est refuser de nourrir sa vie de ce qui détruit les autres. Dans un monde où l’économie tend à primer sur la morale, ce verset rappelle que la justice est un acte d’adoration. La véritable sécurité ne vient pas du tribunal, mais de la rectitude devant Dieu, qui voit et sait même lorsque les hommes absoussent.

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