9 Juillet 2026
Ar-Râzî explique que l’expression « une seule communauté, ummatan wâḥidah » ne signifie pas une société parfaite ou dépourvue de désaccords, mais une humanité unie par une orientation spirituelle commune, une disposition naturelle à reconnaître le vrai et le juste. Les divergences n’apparaissent pas au départ ; elles surgissent lorsque des intérêts, des rivalités et des ambitions personnelles prennent le dessus. Le rôle des prophètes n’est donc pas de créer des divisions religieuses, mais de rappeler et restaurer cette orientation première.
Ar-Râghib s’arrête sur le mot traduit par « tyrannie, baghyan ». Il précise qu’il ne s’agit pas d’une simple erreur intellectuelle, mais d’un dépassement volontaire des limites, motivé par le désir de dominer ou d’imposer son point de vue. Autrement dit, la division religieuse ne naît pas d’un manque de preuves, mais d’une déformation volontaire de la vérité au profit de l’ego.
Ibn ‘Âshûr insiste sur le rôle du Livre révélé. Il explique que la révélation ne descend pas pour nourrir des débats théoriques sans fin, mais pour juger, c’est-à-dire trancher, clarifier et remettre de l’ordre là où la rivalité humaine a brouillé le sens. La révélation est présentée comme un instrument de justice, non comme un outil de pouvoir ou d’exclusion.
Ṭabâṭabâ’î souligne que la guidance finale mentionnée dans le verset n’est pas une simple conséquence de l’intelligence humaine. Elle est un don accordé par Dieu, à ceux qui acceptent la vérité lorsqu’elle leur devient claire. Le « droit chemin » n’est pas une construction personnelle ou culturelle, mais une orientation révélée, à laquelle on consent librement.
Ce verset propose une lecture profondément lucide de l’histoire religieuse. Il affirme que la diversité religieuse n’est pas née d’une pluralité de vérités originelles, mais d’une fragmentation progressive de l’unité première. L’humanité n’a pas commencé dans la confusion, mais dans une orientation commune. Ce sont les passions humaines – désir de pouvoir, rivalités, volonté de domination – qui ont transformé la vérité en objet de conflit.
Le Coran refuse ainsi deux illusions opposées. La première consiste à croire que toutes les divergences seraient également légitimes et inoffensives. La seconde consiste à penser que la vérité serait le produit exclusif d’un groupe ou d’une tradition humaine. Le texte rappelle que la vérité est révélée, non fabriquée, et qu’elle vient juger les divisions plutôt que les sacraliser.
Dans un monde contemporain marqué par la multiplication des discours religieux concurrents, par les identités fragmentées et par les querelles idéologiques, ce verset invite à une double vigilance. D’un côté, il appelle à l’humilité : personne ne possède la vérité par lui-même. De l’autre, il appelle à la responsabilité : lorsque la vérité devient claire, la refuser n’est plus une simple hésitation, mais un choix guidé par l’orgueil.
Enfin, le verset rappelle que la guidance n’est jamais automatique. Elle est offerte, mais elle doit être accueillie. Dieu guide qui Il veut, non de manière arbitraire, mais selon une sagesse qui prend en compte la sincérité, la disponibilité intérieure et la capacité à dépasser les rivalités. Dans une époque où l’on confond souvent tolérance et relativisme, ce verset réaffirme une conviction centrale du Coran : la vérité est une, mais l’accès à cette vérité exige un cœur dégagé des passions de domination.
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