Sourate Al-Baqara [2/213]

Sourate Al-Baqara [2/213]
Bloc 102 Verset 2/213

Traduction du sens des versets
{213} Les gens formaient une seule communauté. Puis Allah envoya les prophètes comme porteurs de bonne nouvelle et avertisseurs, et Il fit descendre avec eux le Livre en toute vérité, pour juger entre les gens sur ce en quoi ils divergeaient. Et ce ne furent que ceux à qui il avait été donné qui divergèrent, par tyrannie entre eux, après que leur furent venues les preuves. Alors Allah guida par Sa permission ceux qui crurent à la vérité sur laquelle les autres divergeaient. Et Allah guide qui Il veut vers un droit chemin.

Translittération phonétique
{213} kâna al-nâsu ummatan wâḥidah fa-ba‘atha allâhu al-nabiyyîna mubashshirîna wa mundhirîn wa anzala ma‘ahumu al-kitâba bi-al-ḥaqqi li-yaḥkuma bayna al-nâsi fî mâ ikhtalafû fîh wa mâ ikhtalafa fîhi illâ alladhîna ûtûhu min ba‘di mâ jâʾat-humu al-bayyinâtu baghyan baynahum fa-hadâ allâhu alladhîna âmanû li-mâ ikhtalafû fîhi min al-ḥaqqi bi-idhnihi wa-allâhu yahdî man yashâʾ ilâ ṣirâṭin mustaqîm

Exégèse des quatre grands commentateurs
Fakhr ad-Dîn ar-Râzî
[ar-Râzî, Mafâtîḥ, s. 2/213]

Ar-Râzî explique que l’expression « une seule communauté, ummatan wâḥidah » ne signifie pas une société parfaite ou dépourvue de désaccords, mais une humanité unie par une orientation spirituelle commune, une disposition naturelle à reconnaître le vrai et le juste. Les divergences n’apparaissent pas au départ ; elles surgissent lorsque des intérêts, des rivalités et des ambitions personnelles prennent le dessus. Le rôle des prophètes n’est donc pas de créer des divisions religieuses, mais de rappeler et restaurer cette orientation première.

Ar-Râghib al-Iṣfahânî
[al-Iṣfahânî, Mufradât, racine b-gh-y]

Ar-Râghib s’arrête sur le mot traduit par « tyrannie, baghyan ». Il précise qu’il ne s’agit pas d’une simple erreur intellectuelle, mais d’un dépassement volontaire des limites, motivé par le désir de dominer ou d’imposer son point de vue. Autrement dit, la division religieuse ne naît pas d’un manque de preuves, mais d’une déformation volontaire de la vérité au profit de l’ego.

Muḥammad al-Ṭâhir Ibn ‘Âshûr
[Ibn ‘Âshûr, Taḥrîr, s. 2/213]

Ibn ‘Âshûr insiste sur le rôle du Livre révélé. Il explique que la révélation ne descend pas pour nourrir des débats théoriques sans fin, mais pour juger, c’est-à-dire trancher, clarifier et remettre de l’ordre là où la rivalité humaine a brouillé le sens. La révélation est présentée comme un instrument de justice, non comme un outil de pouvoir ou d’exclusion.

Muḥammad Ḥusayn Ṭabâṭabâ’î
[Ṭabâṭabâ’î, Mîzân, s. 2/213]

Ṭabâṭabâ’î souligne que la guidance finale mentionnée dans le verset n’est pas une simple conséquence de l’intelligence humaine. Elle est un don accordé par Dieu, à ceux qui acceptent la vérité lorsqu’elle leur devient claire. Le « droit chemin » n’est pas une construction personnelle ou culturelle, mais une orientation révélée, à laquelle on consent librement.

Résonnances contemporaines

Ce verset propose une lecture profondément lucide de l’histoire religieuse. Il affirme que la diversité religieuse n’est pas née d’une pluralité de vérités originelles, mais d’une fragmentation progressive de l’unité première. L’humanité n’a pas commencé dans la confusion, mais dans une orientation commune. Ce sont les passions humaines – désir de pouvoir, rivalités, volonté de domination – qui ont transformé la vérité en objet de conflit.

Le Coran refuse ainsi deux illusions opposées. La première consiste à croire que toutes les divergences seraient également légitimes et inoffensives. La seconde consiste à penser que la vérité serait le produit exclusif d’un groupe ou d’une tradition humaine. Le texte rappelle que la vérité est révélée, non fabriquée, et qu’elle vient juger les divisions plutôt que les sacraliser.

Dans un monde contemporain marqué par la multiplication des discours religieux concurrents, par les identités fragmentées et par les querelles idéologiques, ce verset invite à une double vigilance. D’un côté, il appelle à l’humilité : personne ne possède la vérité par lui-même. De l’autre, il appelle à la responsabilité : lorsque la vérité devient claire, la refuser n’est plus une simple hésitation, mais un choix guidé par l’orgueil.

Enfin, le verset rappelle que la guidance n’est jamais automatique. Elle est offerte, mais elle doit être accueillie. Dieu guide qui Il veut, non de manière arbitraire, mais selon une sagesse qui prend en compte la sincérité, la disponibilité intérieure et la capacité à dépasser les rivalités. Dans une époque où l’on confond souvent tolérance et relativisme, ce verset réaffirme une conviction centrale du Coran : la vérité est une, mais l’accès à cette vérité exige un cœur dégagé des passions de domination.

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