Sourate Al-Baqara [2/265]

 Sourate Al-Baqara [2/265]
Bloc 141 Verset 2/265

Traduction du sens des versets
{265} Quant à ceux qui dépensent leurs biens par désir de l’agrément de Dieu et pour affermir leur âme, ils ressemblent à un jardin sur une colline : une pluie abondante l’atteint, et il donne son fruit en double. Et s’il n’y a pas d’averse, une rosée suffit. Et Dieu voit parfaitement ce que vous faites.

Translittération phonétique
{265} wa mathalu alladhîna yunfiqûna amwâlahum ib’tighâ’a marḍâti llâhi wa tathbîtan min anfusihim ka-mathali jannatin bi-rabwatin aṣâbahâ wâbilun fa-âtat ukulahâ ḍi‘fayn fa-in lam yuṣib’hâ wâbil fa-ṭall wa-llâhu bimâ ta‘malûna baṣîr

Exégèse des quatre grands commentateurs
Fakhr ad-Dîn ar-Râzî
[ar-Râzî, Mafâtîḥ, s. 2/265]

La parabole du jardin élevé met en scène la pureté de l’intention. La rabwah indique une terre saine, dégagée des marécages, exposée à la lumière. La fécondité du don ne dépend donc ni de l’intensité de la pluie ni de la conjoncture extérieure, mais de l’élévation intérieure de celui qui donne. Le tathbît désigne une consolidation de l’âme : le don sincère ne fragilise pas, il affermit.

Ar-Râghib al-Iṣfahânî
[al-Iṣfahânî, Mufradât, racines r-b-w / w-b-l / ṭ-l-l]

Le lexique articule deux formes d’apport : l’averse (wâbil) et la rosée (ṭall). Le message est clair : lorsque l’enracinement est juste, même un apport minime suffit. La valeur morale de l’acte réside dans la qualité du sol intérieur, non dans la quantité visible du geste.

Muḥammad al-Ṭâhir Ibn ‘Âshûr
[Ibn ‘Âshûr, Taḥrîr, s. 2/265]

Le verset énonce deux conditions indissociables : rechercher exclusivement l’agrément de Dieu et agir pour stabiliser l’âme. Le don n’est pas ici un élan impulsif, mais une pratique de cohérence intérieure. La promesse de fructification double signifie que l’acte bénéficie simultanément au monde et à celui qui donne.

Muḥammad Ḥusayn Ṭabâṭabâ’î
[Ṭabâṭabâ’î, Mîzân, s. 2/265]

La bénédiction divine n’est pas proportionnelle à l’apparence de l’acte, mais à la clarté de l’intention. Même une rosée suffit lorsque l’orientation est droite. Le don sincère devient un acte de confiance qui libère l’âme de la peur du manque et du regret.

Résonnances contemporaines

Ce verset propose une éthique de la fécondité discrète. Il ne glorifie ni l’exploit ni la démesure, mais la constance intérieure. Le jardin sur la colline n’est pas celui qui reçoit le plus d’eau, mais celui qui est bien situé, bien enraciné, ouvert à la lumière. Ainsi en est-il du cœur humain : ce qui fait la valeur d’un acte n’est pas l’intensité des circonstances, mais la rectitude de l’orientation.

La mention de la rosée est décisive. Elle affirme que l’absence de reconnaissance, de résultats immédiats ou de conditions favorables n’annule pas la valeur du geste. Une intention pure transforme la rareté en abondance. Donner pour Dieu, c’est sortir de la logique des saisons, du calcul, de l’attente de retour. C’est s’inscrire dans une temporalité plus vaste, où chaque geste juste trouve sa place.

Dans une culture dominée par la performance et la visibilité, ce verset réhabilite la fécondité silencieuse. Le tathbît protège l’âme de l’éparpillement : la générosité sincère n’épuise pas, elle stabilise. Le don devient un exercice de liberté intérieure, une manière de se désencombrer sans se perdre.

Le Coran consacre ici une sagesse de la mesure et de la durée. Il n’exige pas l’extraordinaire ; il demande la sincérité. L’acte discret, répété, cohérent, produit toujours du fruit – parfois visible, parfois caché – mais jamais perdu. Et parce que Dieu voit parfaitement ce que vous faites, rien de ce qui est donné avec droiture ne se dissout dans l’oubli.

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