Sourate Al-Baqara [2/267]

Sourate Al-Baqara [2/267]
Bloc 143 Verset 2/267

Traduction du sens des versets
{267} Ô vous qui croyez ! Dépensez des bonnes choses que vous avez acquises, ainsi que de ce que Nous avons fait sortir pour vous de la terre. Et ne vous tournez pas vers ce qui est mauvais pour en faire l’aumône, alors que vous-mêmes ne l’accepteriez qu’en fermant les yeux. Et sachez que Dieu Se suffit à Lui-même, et qu’Il est digne de louange.

Translittération phonétique
{267} yâ ayyuhâ alladhîna âmanû anfiqû min ṭayyibâti mâ kasabtum wa mimmâ akhrajnâ lakum mina al-arḍ wa lâ tayammamû al-khabîtha minhu tunfiqûna wa lastum bi-âkhidhîhi illâ an tughmiḍû fîh wa‘lamû anna llâha ghanîyyun ḥamîd

Exégèse des quatre grands commentateurs
Fakhr ad-Dîn ar-Râzî
[ar-Râzî, Mafâtîḥ, s. 2/267]

Le verset introduit une exigence qualitative dans l’aumône. Dieu ne demande pas seulement que l’on donne, mais que l’on donne du ṭayyib – ce qui est sain, bon, digne. Offrir ce que l’on refuserait pour soi-même révèle un défaut de considération intérieure. Tughmiḍû fîh signifie accepter en fermant volontairement les yeux sur le défaut : ce geste trahit une aumône faite par dédain ou par soulagement de conscience, non par sincérité.

Ar-Râghib al-Iṣfahânî
[al-Iṣfahânî, Mufradât, racines ṭ-y-b / kh-b-th / ‘-m-ḍ]

Ṭayyibât désigne ce qui est bon en soi et dans ses effets, tandis que khabîth renvoie à ce qui est impur, vil ou dégradé. Le verset interdit que l’aumône devienne un moyen d’évacuer ce que l’on juge indigne pour soi. La fermeture des yeux évoque une dissonance morale : l’homme sait que ce qu’il donne n’est pas juste, mais il préfère ne pas voir.

Muḥammad al-Ṭâhir Ibn ‘Âshûr
[Ibn ‘Âshûr, Taḥrîr, s. 2/267]

Le Coran fonde ici une éthique de la réciprocité intérieure : donne comme tu aimerais recevoir. Dieu ne recherche ni l’excédent ni le rebut, mais la beauté du geste. La conclusion – Dieu est Riche et Digne de louange – rappelle que le don ne Le comble pas ; il élève celui qui donne. Le manque n’est jamais du côté de Dieu, mais du côté du cœur humain.

Muḥammad Ḥusayn Ṭabâṭabâ’î
[Ṭabâṭabâ’î, Mîzân, s. 2/267]

Le pauvre devient ici un lieu d’épreuve spirituelle. Donner du médiocre révèle un attachement persistant aux biens aimés. Le détachement réel se manifeste lorsque l’homme est capable d’offrir ce qu’il estime, non ce qu’il méprise. La qualité du don devient un indicateur précis de la liberté intérieure.

Résonnances contemporaines

Ce verset poursuit l’assainissement radical de la notion de charité. Après avoir dénoncé l’ostentation, le rappel blessant et l’humiliation, le Coran s’attaque ici à une perversion plus subtile : le don comme élimination. Donner ce qui est vieux, abîmé, inutile ou dévalorisé, non par nécessité mais par confort, revient à transformer l’aumône en dépotoir moral.

La scène décrite est profondément actuelle. Dans des sociétés d’abondance relative, la générosité se confond souvent avec le tri des déchets : vêtements usés, objets dépassés, restes de surplus. Le verset ne condamne pas l’aide matérielle modeste, mais l’intention qui consiste à se débarrasser plutôt qu’à offrir. Ce n’est pas la petitesse du don qui est visée, mais son mépris implicite.

Wa lastum bi-âkhidhîhi illâ an tughmiḍû fîh agit comme un miroir brutal : accepterais-tu cela pour toi ? Si la réponse est non, alors ce don n’est pas un acte de foi, mais un acte de domination douce, parfois inconsciente. Le Coran rappelle que la dignité du receveur est inséparable de la sincérité du donateur.

La mention finale – Dieu est Ghanîyy, Ḥamîd – renverse définitivement la perspective. Dieu n’a besoin ni de nos biens ni de nos restes. L’aumône ne sert pas à Le satisfaire, mais à nous purifier. Donner du bon, ce n’est pas appauvrir sa vie ; c’est l’ordonner. C’est apprendre à aimer ce que l’on donne, et à donner ce que l’on aime.

Dans un monde où l’on confond générosité et débarras, ce verset trace une ligne nette : la charité n’est pas une gestion de surplus, mais un acte de vérité. Elle révèle ce que nous jugeons digne – et, en creux, ce que nous sommes devenus.

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