Sourate Al-Baqara [2/27 à 29]

Sourate Al-Baqara [2/27 à 29]
Bloc 13 Versets 2/27 à 29

Traduction du sens des versets
{27} Ceux qui rompent le pacte de Dieu après l’avoir confirmé, qui coupent ce que Dieu a ordonné de maintenir uni et qui sèment la corruption sur terre : ce sont eux les perdants. {28} Comment pouvez-vous mécroire en Dieu alors que vous étiez morts et qu’Il vous a fait vivre ? Puis Il vous fera mourir, puis Il vous fera revivre, puis c’est vers Lui que vous serez ramenés. {29} C’est Lui qui a créé pour vous tout ce qui est sur la terre ; puis Il S’est élevé vers le ciel et en a harmonieusement ordonné sept cieux. Et Il est, de toute chose, parfaitement Connaissant.

Translittération phonétique
{27} alladhîna yanquḍûna ‘ahda allâhi min ba‘di mîthâqih wa yaqṭa‘ûna mâ amara allâhu bih an yûṣala wa yufsidûna fî al-arḍi ulâ’ika humu al-khâsirûn {28} kayfa takfurûna bi-allâhi wa kuntum amwâtan fa-aḥyâkum thumma yumîtukum thumma yuḥyîkum thumma ilayhi turja‘ûn {29} huwa alladhî khalaqa lakum mâ fî al-arḍi jamî‘an thumma istawâ ilâ al-samâ’i fa-sawwâhunna sab‘a samâwât wa huwa bi-kulli shay’in ‘alîm

Exégèse des quatre grands commentateurs
Fakhr ad-Dîn ar-Râzî
[ar-Râzî, Mafâtîḥ, s. 2/27–29]

Le pacte évoqué renvoie à une reconnaissance première inscrite dans la nature humaine. Le rompre revient à vivre contre la vérité originelle. La corruption qui en résulte n’est pas seulement sociale ou morale ; elle atteint l’ordre même de la création.

Ar-Râghib al-Iṣfahânî
[al-Iṣfahânî, Mufradât, racines n-q-ḍ ; q-ṭ-‘ ; w-ṣ-l]

Rompre signifie trahir délibérément, et couper ce qui doit être relié vise les liens essentiels : foi, parenté, justice, responsabilité. La rupture n’est jamais neutre ; elle annule la finalité d’unité voulue par Dieu.

Muḥammad al-Ṭâhir Ibn ‘Âshûr
[Ibn ‘Âshûr, Taḥrîr, s. 2/27–29]

Le verset 28 mobilise une preuve rationnelle dynamique. Le passage de la mort à la vie, puis le retour annoncé, constituent une pédagogie du temps : l’existence humaine elle-même devient argument en faveur de Dieu.

Muḥammad Ḥusayn Ṭabâṭabâ’î
[Ṭabâṭabâ’î, Mîzân, s. 2/27–29]

L’unité de l’ordre cosmique est affirmée : le Créateur du terrestre est aussi l’Ordonnateur des cieux. Fragmenter cette unité revient à fragmenter le réel et, par ricochet, l’âme humaine.

Résonnances contemporaines

Ces versets dessinent une cartographie précise de la perte. La faillite n’est pas d’abord idéologique ; elle est relationnelle. Rompre le pacte, c’est rompre avec l’origine. Couper les liens, c’est se couper de ce qui fait tenir le monde et l’existence ensemble. La corruption mentionnée n’est pas seulement le désordre visible ; elle est la désagrégation silencieuse du sens.

L’interpellation du verset 28 renverse la posture moderne de suffisance. Elle rappelle une évidence que l’homme préfère oublier : il n’est pas l’auteur de sa propre existence. Il a été porté du néant à la vie, maintenu dans l’être sans l’avoir demandé, et il sera reconduit vers une issue qu’il ne maîtrise pas. Cette succession – vie, mort, retour – n’est pas une spéculation religieuse, mais une donnée brute de l’expérience humaine. La nier, c’est s’aveugler volontairement.

Le verset 29 élargit cette leçon à l’échelle du cosmos. Tout ce qui est sur terre est donné, non conquis par droit propre. L’organisation des cieux affirme que le monde n’est ni chaotique ni absurde. Il est ordonné, intelligible, porteur d’une cohérence qui dépasse l’homme. Refuser cette lecture revient à transformer la création en simple matière disponible, et l’homme en exploitant sans mémoire ni finalité.

Dans la modernité, la rupture est souvent célébrée comme émancipation. On rompt avec l’origine, on coupe les continuités, on soupçonne tout héritage, et l’on appelle cela liberté. Le Coran révèle l’envers de ce récit : la coupure généralisée produit la perte. L’individu séparé de Dieu, des autres et du monde devient un être fragmenté, instable, livré à des logiques qu’il ne maîtrise plus.

Ces versets appellent ainsi à une reconstruction des liens. La foi n’est pas un supplément d’âme, mais un principe de cohésion. Elle relie l’homme à son origine, inscrit sa vie dans une histoire qui le dépasse, et réconcilie le terrestre et le céleste. Être fidèle au pacte, ce n’est pas se figer dans le passé ; c’est habiter le présent avec conscience, en sachant d’où l’on vient et vers quoi l’on retourne. La perte véritable n’est pas de manquer, mais d’oublier.

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