Sourate Al-Baqara [2/81-82]

Sourate Al-Baqara [2/81-82]
Bloc 39 Versets 2/81 à 82

Traduction du sens des versets
{81} Bien au contraire ! Ceux qui acquièrent le mal et que leurs fautes enveloppent, ceux-là sont les gens du Feu. Ils y demeureront éternellement. {82} Et ceux qui croient et accomplissent des œuvres justes, ceux-là sont les gens du Paradis. Ils y demeureront éternellement.

Translittération phonétique
{81} balâ man kasaba sayyi’atan wa aḥâṭat bihi khaṭî’atuh fa-ulâ’ika aṣḥâbu al-nâr hum fîhâ khâlidûn {82} wa alladhîna âmanû wa ‘amilû al-ṣâliḥâti ulâ’ika aṣḥâbu al-jannati hum fîhâ khâlidûn

Exégèse des quatre grands commentateurs
Fakhr ad-Dîn ar-Râzî
[ar-Râzî, Mafâtîḥ, s. 2/81–82]

Le balâ vient réfuter toute illusion d’impunité fondée sur l’appartenance. L’expression aḥâṭat bihi khaṭî’atuh décrit un état d’enveloppement total : le péché n’est plus un acte isolé, mais une condition qui cerne l’âme sans issue.

Ar-Râghib al-Iṣfahânî
[al-Iṣfahânî, Mufradât, racines ḥ-w-ṭ ; kh-l-d]

La permanence (khulûd) renvoie à une stabilité de l’orientation. Les « gens du Feu » et les « gens du Jardin » ne sont pas désignés par décret arbitraire, mais par affinité : chacun demeure avec ce qu’il a cultivé.

Muḥammad al-Ṭâhir Ibn ‘Âshûr
[Ibn ‘Âshûr, Taḥrîr, s. 2/81–82]

L’opposition structurante – feu/jardin, faute/œuvre – révèle une pédagogie par contraste. Dieu n’exclut pas : l’homme se ferme ou s’ouvre par la trajectoire qu’il choisit et persévère à suivre.

Muḥammad Ḥusayn Ṭabâṭabâ’î
[Ṭabâṭabâ’î, Mîzân, s. 2/81–82]

La foi est indissociable de l’action juste. La croyance stérile ne scelle aucun salut ; l’œuvre est le sceau visible de la sincérité intérieure et l’expression de l’unité de la foi.

Résonnances contemporaines

Ces deux versets referment avec netteté la série de mises en garde contre la présomption religieuse. Le salut n’est ni automatique ni théorique. Il se joue dans une continuité d’actes et de dispositions qui, à force de répétition, configurent l’âme. Le mal « acquis » n’est pas une chute ponctuelle, mais une habitude qui finit par envelopper – étouffer – la capacité de retour.

À l’inverse, la foi vivante s’atteste par des œuvres qui réparent, apaisent et orientent. Le Jardin n’est pas une récompense étrangère à la vie menée ; il est la correspondance ultime d’une intériorité patiemment cultivée. La promesse d’éternité ne récompense pas un slogan, mais une fidélité concrète.

Dans un contexte où l’on dissocie volontiers croyance et responsabilité, ces versets rétablissent une vérité simple et exigeante : on devient ce que l’on pratique. L’accumulation du mal sans repentance fabrique une clôture ; la persévérance dans le bien ouvre un espace. La miséricorde demeure offerte, mais elle n’annule pas la gravité des trajectoires.

Le Coran propose ici une lecture lucide de l’avenir à partir du présent. Nul besoin de spéculer : regarder ce qui s’enracine dans nos actes suffit à discerner la direction prise. Le feu et le jardin ne sont pas des surprises de dernière heure ; ils sont la révélation, au grand jour, de ce que l’âme a choisi d’habiter.

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