Sourate Al-Baqara [2/111-112]

Sourate Al-Baqara [2/111-112]
Bloc 58 Versets 2/111 à 112

Traduction du sens des versets
{111} Et ils dirent : « N’entrera au Paradis que celui qui est juif ou chrétien. » Voilà leurs souhaits ! Dis : « Apportez votre preuve, si vous êtes véridiques. » {112} Bien au contraire, quiconque soumet son être à Dieu tout en faisant le bien aura sa récompense auprès de son Seigneur. Ils n’auront rien à craindre et ne seront pas attristés.

Translittération phonétique
{111} wa qâlû lan yadkhula al-jannata illâ man kâna hûdan aw naṣârâ tilka amâniyyuhum qul hâtû burhânakum in kuntum ṣâdiqîn {112} balâ man aslama wajhahu li-allâhi wa huwa muḥsinun fa-lahu ajruhu ‘inda rabbih wa lâ khawfun ‘alayhim wa lâ hum yaḥzanûn

Exégèse des quatre grands commentateurs
Fakhr ad-Dîn ar-Râzî
[ar-Râzî, Mafâtîḥ, s. 2/111–112]

Ces versets dénoncent une prétention ancienne et persistante : l’appropriation du salut par l’appartenance religieuse. L’expression tilka amâniyyuhum (« Voilà leurs souhaits ! ») réduit cette affirmation à de simples souhaits, sans fondement réel. Le Coran renverse la logique : toute affirmation de salut doit être accompagnée d’une preuve, et non d’une revendication identitaire.

Ar-Râghib al-Iṣfahânî
[al-Iṣfahânî, Mufradât, racines ʾ-m-n / s-l-m]

Le texte oppose deux registres : le registre de l’illusion (amâniyy) et celui de la vérité. La vraie foi est définie par aslama wajhahu li-llâh (« soumet son être à Dieu ») – une soumission totale, intérieure et extérieure. La foi n’est pas un slogan communautaire, mais un état existentiel visible dans l’orientation du cœur et dans les actes.

Muḥammad al-Ṭâhir Ibn ‘Âshûr
[Ibn ‘Âshûr, Taḥrîr, s. 2/112]

Le Coran introduit ici une définition universelle de la foi authentique. L’islam n’est pas présenté comme une étiquette historique, mais comme une attitude permanente d’abandon à Dieu, vérifiée par l’iḥsân (l’excellence). Cette formulation dépasse les frontières confessionnelles tout en maintenant une exigence éthique et spirituelle élevée.

Muḥammad Ḥusayn Ṭabâṭabâ’î
[Ṭabâṭabâ’î, Mîzân, s. 2/112]

Le critère du salut est ramené à deux éléments indissociables : la soumission à Dieu et l’action juste. Toute autre prétention est rejetée. Le texte établit une règle intemporelle : Dieu ne juge ni les appartenances, ni les héritages, mais la réalité vivante de la relation à Lui.

Résonnances contemporaines

Ces versets brisent une illusion religieuse profondément ancrée : croire que le salut se transmet par le nom, la communauté ou l’héritage spirituel. Le Coran refuse toute sacralisation de l’identité. Il ne nie pas l’histoire des traditions, mais il les dépouille de toute prétention automatique au Paradis. La foi n’est pas un droit acquis, elle est une orientation vécue.

Le texte déplace radicalement le centre de gravité du religieux. La question n’est plus : « À quel groupe appartiens-tu ? », mais : « À quoi t’es-tu réellement soumis ? » La soumission évoquée ici n’est ni formelle ni passive. Elle engage l’être tout entier – intention, choix, comportement. Et cette soumission doit se traduire par une action juste, visible, concrète.

Dans un monde marqué par les replis identitaires, les compétitions religieuses et les logiques d’exclusion, ce passage est profondément subversif. Il retire aux communautés le pouvoir de se proclamer sauvées par elles-mêmes. Le salut appartient à Dieu seul, et Il le donne à ceux qui Le préfèrent réellement – dans l’humilité, la droiture et l’effort moral.

Ces versets s’adressent aussi aux musulmans. Porter le nom de l’islam ne suffit pas. La question demeure ouverte pour chacun : ai-je réellement soumis mon être à Dieu, ou me suis-je contenté d’une identité rassurante ? Le Coran répond sans détour : seule la sincérité vécue, accompagnée du bien, conduit à une vie sans crainte ni regret.

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