Sourate Al-Baqara [2/170-171]

Sourate Al-Baqara [2/170-171]
Bloc 84 Versets 2/170 à 171

Traduction du sens des versets
{170} Et quand on leur dit : « Suivez ce qu’Allah a fait descendre », ils disent : « Non ! Nous suivrons ce sur quoi nous avons trouvé nos ancêtres. » Quoi ! Même si leurs ancêtres ne raisonnaient en rien et n’étaient pas guidés ? {171} L’exemple de ceux qui ne croient pas est comme celui qui n’entend que le son et les cris des appels qu’on leur lance, sans percevoir de sens. Sourds, muets, aveugles – ils ne raisonnent donc pas.

Translittération phonétique
{170} wa idhâ qîla lahum ittabi‘û mâ anzala allâhu qâlû bal nattabi‘u mâ alfaynâ ‘alayhi âbâʾanâ a-wa-law kâna âbâʾuhum lâ ya‘qilûna shayʾan wa lâ yahtadûn {171} wa mathalu alladhîna kafarû ka-mathali alladhî yan‘iqu bimâ lâ yasma‘u illâ du‘âʾan wa nidâʾan ṣummun bukmun ‘umyun fa-hum lâ ya‘qilûn

Exégèse des quatre grands commentateurs
Fakhr ad-Dîn ar-Râzî
[ar-Râzî, Mafâtîḥ, s. 2/170–171]

Les versets dénoncent l’imitation aveugle fondée sur l’héritage social. La tradition, lorsqu’elle se substitue à la vérité révélée, devient absurde. Suivre un ancêtre sans raison ne confère aucune légitimité à l’acte.

Ar-Râghib al-Iṣfahânî
[al-Iṣfahânî, Mufradât, racine n-‘-q]

L’image du cri adressé à ce qui n’entend que le son, sans sens, décrit une parole qui ne rencontre aucune compréhension intérieure. La transmission dépourvue d’intelligence devient pure vacuité.

Muḥammad al-Ṭâhir Ibn ‘Âshûr
[Ibn ‘Âshûr, Taḥrîr, s. 2/170–171]

Le texte attaque l’autorité sociale lorsqu’elle est séparée de la vérité. La guidée ne se mesure ni à l’ancienneté ni au nombre, mais à la conformité au réel révélé. La foi exigée est éclairée, non mimétique.

Muḥammad Ḥusayn Ṭabâṭabâ’î
[Ṭabâṭabâ’î, Mîzân, s. 2/170–171]

La surdité, la mutité et l’aveuglement évoqués sont spirituels. Refuser d’entendre la vérité entraîne l’extinction progressive des facultés humaines. Le non-usage de la raison devient une pathologie volontaire.

Résonnances contemporaines

Ces versets posent une critique radicale du conformisme. Suivre parce que l’on a toujours suivi, croire parce que l’on a hérité, obéir parce que l’environnement l’exige : le Coran refuse cette logique. La foi ne peut être un automatisme social ; elle est un acte de discernement personnel.

Cette exigence entre en tension avec des sociétés où la norme fabrique l’adhésion et où la répétition tient lieu de vérité. Le texte coranique dévoile le danger d’une parole qui circule sans être comprise et d’une obéissance qui dispense de penser. Le conformisme devient alors une abdication de la responsabilité.

Il en résulte une éthique de la lucidité. Croire, c’est voir, entendre et comprendre. L’Islam ne sacralise ni les ancêtres ni les habitudes ; il sacralise la vérité lorsqu’elle est reconnue et suivie en connaissance de cause. Dans un monde saturé de récits imposés, ces versets appellent à une foi libre, réfléchie et courageuse, seule capable de rompre avec l’aveuglement collectif et d’ouvrir la voie à une guidance authentique.

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