Sourate Al-Baqara [2/172 à 173]

 Sourate Al-Baqara [2/172 à 173]
Bloc 85 Versets 2/172 à 173

Traduction du sens des versets
{172} Ô vous qui avez cru, mangez des bonnes choses que Nous vous avons attribuées, et remerciez Allah, si c’est bien Lui que vous adorez. {173} Il ne vous a interdit que la bête morte, le sang, la chair de porc, et ce sur quoi un autre nom que celui d’Allah a été invoqué. Mais si quelqu’un y est contraint, sans abus ni transgression, alors il n’y a pas de péché sur lui. Car Allah est Pardonneur et Miséricordieux.

Translittération phonétique
{172} yâ ayyuhâ alladhîna âmanû kulû min ṭayyibâti mâ razaqnâkum wa-shkurû li-allâhi in kuntum iyyâhu ta‘budûn {173} innamâ ḥarrama ‘alaykumu al-maytata wa al-dama wa laḥma al-khinzîri wa mâ uhilla li-ghayri allâhi bihi fa-mani uḍṭurra ghayra bâghin wa lâ ‘âdin fa-lâ ithma ‘alayh inna allâha ghafûrun raḥîm

Exégèse des quatre grands commentateurs
Fakhr ad-Dîn ar-Râzî
[ar-Râzî, Mafâtîḥ, s. 2/172–173]

La consommation licite est indissociable de la gratitude. Manger devient un acte d’adoration lorsque l’intention est droite et reconnaissante. Les interdits sont limités et clairement définis, tandis que la permission s’élargit en cas de nécessité, manifestant une loi orientée vers la préservation et non la contrainte.

Ar-Râghib al-Iṣfahânî
[al-Iṣfahânî, Mufradât, racine ṭ-y-b]

Le ṭayyib renvoie à ce qui est pur, sain et conforme à la nature droite. La consommation reflète l’état intérieur : ce que l’homme accepte pour son corps révèle ce qu’il honore dans son cœur. La gratitude confère au geste sa dimension spirituelle.

Muḥammad al-Ṭâhir Ibn ‘Âshûr
[Ibn ‘Âshûr, Taḥrîr, s. 2/172–173]

La sharî‘a se caractérise par la largesse des permissions et la rareté des interdits. L’exception liée à la contrainte montre que la Loi n’ignore ni la fragilité humaine ni l’urgence vitale. La miséricorde encadre la norme sans l’abolir.

Muḥammad Ḥusayn Ṭabâṭabâ’î
[Ṭabâṭabâ’î, Mîzân, s. 2/172–173]

La gratitude est un acte de reconnaissance active, lié à l’adoration. La conclusion par le pardon et la miséricorde souligne que la Loi divine accompagne l’homme dans ses limites, ouvrant des issues sans rompre l’exigence éthique.

Résonnances contemporaines

Ces versets redonnent à la consommation sa portée spirituelle. Manger n’est pas un automatisme biologique, mais une relation : recevoir, reconnaître, remercier. La gratitude transforme l’acte ordinaire en lien vivant avec Dieu, tandis que l’oubli réduit la nourriture à un simple objet d’usage.

Cette vision entre en tension avec une modernité qui dissocie l’acte de consommer de toute responsabilité morale. Le Coran rétablit une hiérarchie : le licite ne se mesure pas à la seule disponibilité, mais à la pureté et au bien qu’il engendre. Les interdits protègent l’homme, et la souplesse face à la contrainte révèle une loi orientée vers la vie.

Il en découle une éthique de la sobriété consciente. Consommer avec reconnaissance, c’est refuser la frénésie et l’oubli. La gratitude devient la boussole d’un rapport juste au monde : elle ordonne le désir, humanise la nécessité et maintient l’adoration au cœur des gestes les plus simples. Dans un univers de consommation déliée du sens, ces versets appellent à manger en vérité, avec un cœur éveillé et une langue reconnaissante.

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