Sourate Al-Baqara [2/174 à 176]

Sourate Al-Baqara [2/174 à 176]
Bloc 86 Versets 2/174 à 176

Traduction du sens des versets
{174} Ceux qui dissimulent ce qu’Allah a révélé du Livre et l’échangent contre un prix vil, ceux-là ne mangent que du feu dans leurs ventres. Et Allah ne leur parlera pas au Jour de la Résurrection, ni ne les purifiera. Et pour eux il y aura un châtiment douloureux. {175} Ce sont eux qui ont échangé la guidance contre l’égarement, et le pardon contre le châtiment. Quelle audace les pousse à rechercher le Feu ! {176} Cela parce qu’Allah a révélé le Livre en toute vérité. Et ceux qui divergent à propos du Livre sont dans une opposition profonde.

Translittération phonétique
{174} inna alladhîna yaktumûna mâ anzala allâhu mina al-kitâbi wa yashtarûna bihi thamanan qalîlan ulâʾika mâ yaʾkulûna fî buṭûnihim illâ al-nâra wa lâ yukallimuhumu allâhu yawma al-qiyâmati wa lâ yuzakkîhim wa lahum ‘adhâbun alîm {175} ulâʾika alladhîna ishtarawû al-ḍalâlata bi-al-hudâ wa al-‘adhâba bi-al-maghfira fa-mâ aṣbarahum ‘alâ al-nâr {176} dhâlika bi-anna allâha nazzala al-kitâba bi-al-ḥaqq wa inna alladhîna ikhtalafû fî al-kitâbi la-fî shiqâqin ba‘îd

Exégèse des quatre grands commentateurs
Fakhr ad-Dîn ar-Râzî
[ar-Râzî, Mafâtîḥ, s. 2/174–176]

La métaphore de ceux qui « mangent du feu » exprime la logique interne de la trahison : le gain mondain issu de la dissimulation devient une destruction intérieure. Le Livre, détourné de sa finalité, se retourne contre celui qui l’exploite.

Ar-Râghib al-Iṣfahânî
[al-Iṣfahânî, Mufradât, racine sh-r-y]

L’échange évoqué est un choix conscient : préférer l’éphémère au vrai. La divergence mentionnée n’est pas un désaccord innocent, mais une opposition délibérée à la vérité révélée.

Muḥammad al-Ṭâhir Ibn ‘Âshûr
[Ibn ‘Âshûr, Taḥrîr, s. 2/174–176]

La condamnation vise toute instrumentalisation du savoir religieux à des fins de pouvoir, d’influence ou de profit. Lorsque la révélation est utilisée comme monnaie, elle perd sa fonction de guidée et devient source de corruption sociale.

Muḥammad Ḥusayn Ṭabâṭabâ’î
[Ṭabâṭabâ’î, Mîzân, s. 2/174–176]

Le shiqâq ba‘îd (opposition profonde) désigne un éloignement radical né du refus du ḥaqq (vérité). Le Livre est porteur d’unité ; son détournement engendre la division, d’abord dans le cœur, puis dans la communauté.

Résonnances contemporaines

Ces versets exposent une éthique exigeante du savoir religieux. Connaître la vérité révélée ne confère aucun privilège ; cela impose une responsabilité. Lorsque la parole sacrée est dissimulée, déformée ou monnayée, le bénéfice apparent se mue en perte réelle. Le feu évoqué n’est pas seulement un châtiment futur : il est déjà à l’œuvre dans la corruption intérieure que produit la trahison du sens.

Cette dénonciation entre en résonance avec des contextes où le religieux devient discours d’influence, marchandise symbolique ou instrument de domination. Le Coran refuse ces usages. Le Livre est révélé bi-al-ḥaqq : en toute vérité, pour éclairer et unir. Le détourner, c’est rompre ce pacte et installer une opposition profonde qui fracture les consciences.

Il en découle une exigence de sincérité radicale. Dire ce que Dieu a révélé, taire ce qu’Il n’a pas dit, et refuser toute contrepartie mondaine : telle est l’éthique du dépositaire du savoir. La clarté devient une forme d’adoration, et la fidélité au message, une protection contre la division. Dans un monde où le sacré peut être instrumentalisé, ces versets rappellent que la vérité ne se vend pas sans brûler celui qui la trahit.

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