Sourate Al-Baqara [2/177]

 Sourate Al-Baqara [2/177]
Bloc 87 Verset 2/177

Traduction du sens des versets
{177} La bonté ne consiste pas à tourner vos visages vers l’Orient ou l’Occident. Mais la bonté véritable est celle de celui qui croit en Allah, au Jour dernier, aux anges, au Livre et aux prophètes ; qui, pour l’amour de Dieu, donne de ses biens – aux proches, aux orphelins, aux pauvres, aux voyageurs, à ceux qui demandent, et pour affranchir les esclaves ; qui accomplit la prière, acquitte la zakat ; qui tient ses engagements lorsqu’il s’engage ; et qui fait preuve de patience dans l’adversité, la détresse et au moment du danger. Ceux-là sont les véridiques, et ce sont eux les pieux.

Translittération phonétique
{177} laysa al-birra an tuwallû wujûhakum qibala al-mashriqi wa al-maghrib wa lâkinna al-birra man âmana bi-allâhi wa al-yawmi al-âkhiri wa al-malâʾikati wa al-kitâbi wa al-nabiyyîn wa âtâ al-mâla ‘alâ ḥubbihi dhawî al-qurbâ wa al-yatâmâ wa al-masâkîn wa ibna al-sabîl wa al-sâʾilîn wa fî al-riqâb wa aqâma al-ṣalâta wa âtâ al-zakâta wa al-mûfûna bi-‘ahdihim idhâ ‘âhadû wa al-ṣâbirîna fî al-baʾsâʾi wa al-ḍarrâʾi wa ḥîna al-baʾs ulâʾika alladhîna ṣadaqû wa ulâʾika humu al-muttaqûn

Exégèse des quatre grands commentateurs
Fakhr ad-Dîn ar-Râzî
[ar-Râzî, Mafâtîḥ, s. 2/177]

Le verset renverse une compréhension réductrice de la religion. La piété n’est pas un simple alignement rituel, mais une réalité globale où la foi intérieure, l’engagement social et la constance morale sont indissociables. Le Coran y démonte toute sacralisation du geste vide.

Ar-Râghib al-Iṣfahânî
[al-Iṣfahânî, Mufradât, racine b-r-r]

Le birr (bonté véritable) désigne une largesse morale et une élévation de l’âme. Il ne se confond pas avec l’obéissance formelle, mais implique une ouverture généreuse du cœur, manifestée dans les actes et la relation aux autres.

Muḥammad al-Ṭâhir Ibn ‘Âshûr
[Ibn ‘Âshûr, Taḥrîr, s. 2/177]

Ce verset constitue une charte de l’éthique islamique. Les actes cultuels n’y prennent sens que par leur enracinement dans la foi et leur orientation vers la justice sociale. La religion s’y dévoile comme une unité vivante entre adoration et responsabilité.

Muḥammad Ḥusayn Ṭabâṭabâ’î
[Ṭabâṭabâ’î, Mîzân, s. 2/177]

Les qualités mentionnées forment un tout cohérent. La véracité (ṣidq) réside dans l’accord entre croyance, parole et action. La taqwâ est ici définie comme harmonie intérieure et fidélité globale à la vérité.

Résonnances contemporaines

Ce verset opère une refondation radicale de la piété. Il ne nie pas le rite, mais le replace dans un ensemble plus vaste où la foi intérieure, la solidarité concrète et la tenue morale forment un seul mouvement. La religion n’est ni une posture identitaire ni une accumulation de pratiques, mais une orientation intégrale de l’existence.

Cette vision entre en tension avec deux dérives contemporaines opposées : le ritualisme sans justice et l’activisme sans transcendance. Le Coran refuse ces dissociations. Donner sans croire, croire sans donner, prier sans tenir parole ou résister sans patience : tout déséquilibre trahit la finalité de la foi.

Il en découle une exigence de cohérence. La piété authentique engage le cœur, les biens, la parole et la durée. Elle se vérifie dans l’épreuve autant que dans l’aisance, dans la fidélité aux engagements comme dans l’attention aux plus vulnérables. Le croyant n’est pas défini par un signe isolé, mais par une trajectoire juste. Cette unité vécue est la taqwâ – et c’est elle, selon le Coran, que Dieu reconnaît.

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