Sourate Al-Baqara [2/178 à 179]

Sourate Al-Baqara [2/178 à 179]
Bloc 88 Versets 2/178 à 179

Traduction du sens des versets
{178} Ô vous qui avez cru, la loi du talion vous est prescrite à propos des tués : l’homme libre pour l’homme libre, l’esclave pour l’esclave, la femme pour la femme. Mais à celui à qui son frère aura pardonné quelque chose, qu’il agisse avec convenance, et qu’il lui remette le prix de manière bienfaisante. Cela est un allègement de la part de votre Seigneur, et une miséricorde. Quiconque transgresse après cela aura un châtiment douloureux. {179} Il y a dans le talion une préservation de la vie, ô gens doués d’intelligence, afin que vous soyez pieux.

Translittération phonétique
{178} yâ ayyuhâ alladhîna âmanû kutiba ‘alaykumu al-qiṣâṣu fî al-qatlâ al-ḥurru bi-al-ḥurri wa al-‘abdu bi-al-‘abdi wa al-unthâ bi-al-unthâ fa-man ‘ufiya lahu min akhîhi shayʾun fa-ittibâ‘un bi-al-ma‘rûfi wa adâʾun ilayhi bi-iḥsân dhâlika takhfîfun min rabbikum wa raḥma fa-man i‘tadâ ba‘da dhâlika fa-lahu ‘adhâbun alîm {179} wa lakum fî al-qiṣâṣi ḥayât yâ ulî al-albâb la‘allakum tattaqûn

Exégèse des quatre grands commentateurs
Fakhr ad-Dîn ar-Râzî
[ar-Râzî, Mafâtîḥ, s. 2/178–179]

Le qiṣâṣ (loi du talion) est établi comme principe d’équité, non comme licence de vengeance. La loi combine dissuasion et réparation, tout en ouvrant explicitement la voie du pardon compensé. La miséricorde n’abolit pas la justice ; elle l’encadre et la civilise.

Ar-Râghib al-Iṣfahânî
[al-Iṣfahânî, Mufradât, racine q-ṣ-ṣ]

Le terme qiṣâṣ implique une correspondance mesurée, suivant exactement la trace de l’acte commis. La mention de « son frère, min akhîhi » humanise l’auteur du crime et maintient une éthique relationnelle, même au cœur de la sanction.

Muḥammad al-Ṭâhir Ibn ‘Âshûr
[Ibn ‘Âshûr, Taḥrîr, s. 2/178–179]

Le verset fonde une justification rationnelle de la peine : préserver la vie en empêchant l’escalade de la violence. Le qiṣâṣ met fin à la vengeance illimitée et protège la dignité collective par une proportionnalité strictement définie.

Muḥammad Ḥusayn Ṭabâṭabâ’î
[Ṭabâṭabâ’î, Mîzân, s. 2/178–179]

La loi du talion est une pédagogie de responsabilité. Elle rappelle la gravité du sang versé et oriente la société vers la taqwâ. La justice n’est pas ici une fin en soi, mais un moyen d’éduquer la conscience et de préserver la paix.

Résonnances contemporaines

Ces versets proposent une architecture morale de la justice. Le qiṣâṣ n’est ni une brutalité archaïque ni un automatisme punitif ; il est une digue contre le chaos. En fixant des limites claires, il protège la vie en amont, en dissuadant l’excès et en brisant la spirale de la vengeance.

Cette sagesse entre en tension avec deux dérives opposées : la vengeance déchaînée et l’impunité désincarnée. Le Coran refuse l’une comme l’autre. Il maintient une justice ferme, proportionnée, mais ouverte à la miséricorde par le pardon et la réparation. La fraternité rappelée au cœur même de la sanction empêche la déshumanisation.

Il en découle une vision sociale exigeante. La justice véritable ne sacrifie ni la victime ni la société. Elle ordonne la douleur, responsabilise l’acte et préserve la vie commune. Dans un monde où la violence se nourrit de l’excès ou du déni, ces versets rappellent que l’équilibre, éclairé par la taqwâ, est la condition d’une vie sociale durable et humaine.

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