9 Juillet 2026
Ar-Râzî insiste sur l’expression « pour Allah » (li-llâh), placée au début du passage. Il explique que le pèlerinage n’est pas un voyage spirituel parmi d’autres, mais un acte de consécration totale, où l’intention doit être purifiée de tout objectif social, identitaire ou mondain. Les nombreuses compensations prévues en cas d’empêchement, de maladie ou de difficulté montrent que Dieu n’exige pas la performance parfaite, mais la sincérité dans l’effort. La rigueur du rite est donc tempérée par une pédagogie de l’adaptation : l’exigence demeure, mais elle s’exprime différemment selon la capacité réelle du croyant.
Ar-Râghib éclaire le verset {197} en expliquant la triple interdiction formulée pendant le pèlerinage. L’interdiction des rapports intimes vise à suspendre les désirs corporels immédiats ; celle de l’injustice concerne tout comportement moralement déviant ; celle de la dispute vise à préserver la paix sociale dans une foule immense. Le pèlerinage devient ainsi une école de maîtrise de soi, où le croyant apprend à contenir ses pulsions, sa colère et son ego, afin que le rite ne soit pas vidé de son sens par des comportements ordinaires.
Ibn ‘Âshûr s’arrête sur une autorisation souvent mal comprise : la possibilité de chercher un gain matériel pendant le pèlerinage. Il explique que certains pensaient qu’il fallait se couper totalement des préoccupations économiques pour être pieux. Le Coran corrige cette idée : la spiritualité islamique n’exige pas la fuite du monde. Le croyant peut commercer, travailler et subvenir à ses besoins, tant que cela reste honnête et subordonné à l’intention première du pèlerinage. Cette autorisation empêche de transformer la religion en ascèse irréaliste ou socialement injuste.
Ṭabâṭabâ’î explique la place finale de la demande de pardon. Après l’accomplissement des rites, Dieu n’ordonne pas l’autosatisfaction, mais l’humilité. Même après avoir obéi, le croyant reconnaît ses manquements, ses distractions, ses imperfections. Le pèlerinage ne se clôt donc pas sur un sentiment de réussite, mais sur un retour à Dieu, conscient de sa dépendance et de sa fragilité.
Ces versets montrent que le pèlerinage n’est pas un enchaînement de gestes sacrés déconnectés de la vie réelle. Il est une synthèse de l’Islam tout entier. Il impose une discipline corporelle, mais il éduque surtout le comportement, la relation aux autres et le rapport au monde. Le pèlerin apprend à obéir, mais aussi à patienter, à se maîtriser et à vivre en foule sans écraser autrui.
Le Coran refuse deux dérives opposées. D’un côté, il refuse un ritualisme mécanique où l’on accomplit des gestes sans transformation intérieure. De l’autre, il refuse une spiritualité hors-sol qui mépriserait les contraintes matérielles, le travail et l’économie. Le pèlerinage devient ainsi un espace de réconciliation entre le sacré et le quotidien, entre la dévotion et la responsabilité.
Dans un monde où les grands rassemblements deviennent souvent des spectacles ou des performances, ces versets rappellent que la valeur du hajj ne se mesure ni au nombre de photos ni à l’émotion du moment, mais à ce qu’il produit après le retour. Celui qui revient du pèlerinage sans avoir appris la patience, la retenue et l’humilité n’a pas manqué un rite, mais son sens. Et c’est pourquoi le texte se termine par le pardon : non comme un détail final, mais comme la clé de toute transformation authentique.
...
Voir le profil de Globislam sur le portail Overblog