Sourate Al-Baqara [2/203]

 Sourate Al-Baqara [2/203]
Bloc 98 Verset 2/203

Traduction du sens des versets
{203} Et invoquez Allah pendant un nombre de jours déterminés. Mais quiconque se hâte en deux jours, il n’y a pas de péché sur lui ; et quiconque retarde, il n’y a pas de péché sur lui, pourvu qu’il craigne Allah. Et craignez Allah, et sachez que c’est vers Lui que vous serez rassemblés.

Translittération phonétique
{203} wa-udhkurû allâha fî ayyâmin ma‘dûdât fa-man ta‘ajjala fî yawmayn fa-lâ ithma ‘alayh wa man taʾakhkhara fa-lâ ithma ‘alayh li-man ittaqâ wa-ittaqû allâha wa‘lamû annakum ilayhi tuḥsharûn

Exégèse des quatre grands commentateurs
Fakhr ad-Dîn ar-Râzî
[ar-Râzî, Mafâtîḥ, s. 2/203]

Ar-Râzî explique d’abord ce que sont les « jours déterminés » mentionnés dans le verset. Il s’agit des jours qui suivent immédiatement le grand sacrifice du pèlerinage, connus comme les jours où le pèlerin demeure à Minâ. Ces jours ne sont pas laissés au vide ou au repos spirituel : ils sont explicitement consacrés au rappel de Dieu, c’est-à-dire à l’invocation consciente et répétée. Ar-Râzî souligne que le verset ne clôt pas le pèlerinage sur un geste final, mais sur une orientation intérieure : même après l’accomplissement des rites majeurs, le croyant est invité à demeurer tourné vers Dieu. La fin du verset, qui évoque le rassemblement final auprès de Dieu, donne à ces jours une profondeur eschatologique : se rappeler Dieu ici prépare la rencontre ultime avec Lui.

Ar-Râghib al-Iṣfahânî
[al-Iṣfahânî, Mufradât, racines dh-k-r / ‘-d-d]

Ar-Râghib s’arrête sur l’expression « jours comptés ». Il explique que le Coran insiste volontairement sur leur brièveté. Ces jours sont peu nombreux, mais ils sont denses. Cette brièveté enseigne au croyant que la valeur spirituelle ne dépend pas de la durée, mais de la qualité de la présence intérieure. Le rappel de Dieu évoqué ici n’est pas une récitation machinale ; il s’agit d’un état de conscience, où le cœur reste attentif à Dieu dans chacun des gestes. Le temps est court, mais chargé de sens, comme la vie elle-même.

Muḥammad al-Ṭâhir Ibn ‘Âshûr
[Ibn ‘Âshûr, Taḥrîr, s. 2/203]

Ibn ‘Âshûr met en lumière un point essentiel : la souplesse voulue par Dieu. Le croyant peut écourter son séjour ou le prolonger, sans que l’un ou l’autre choix ne soit fautif. Le critère décisif n’est ni la durée ni la performance rituelle, mais la taqwâ, c’est-à-dire la conscience sincère de Dieu. Par ce verset, le Coran déplace clairement la piété du plan extérieur vers l’intérieur. Il apprend au croyant que Dieu ne mesure pas la ferveur au nombre de jours, mais à la qualité de l’intention et de la vigilance du cœur.

Muḥammad Ḥusayn Ṭabâṭabâ’î
[Ṭabâṭabâ’î, Mîzân, s. 2/203]

Ṭabâṭabâ’î insiste sur la conclusion du verset : « c’est vers Lui que vous serez rassemblés ». Il explique que ce rappel de la résurrection n’est pas ajouté pour effrayer, mais pour donner un sens ultime au rappel de Dieu. Le croyant ne se souvient pas de Dieu uniquement pour améliorer son présent, mais pour orienter toute sa vie vers le retour final. Le dhikr, ici, devient un exercice de lucidité : se rappeler Dieu, c’est se rappeler que tout aboutit à Lui, et que chaque instant prépare cette rencontre.

Résonnances contemporaines

Ce verset agit comme un ralentisseur spirituel. Après l’intensité du pèlerinage, Dieu n’ordonne ni une dispersion immédiate ni une rigidité excessive. Il invite à demeurer encore un peu dans le rappel, dans un temps volontairement limité. Cette brièveté n’est pas une concession, mais un enseignement : la vie humaine elle-même est faite de jours comptés. Apprendre à habiter pleinement quelques jours de dhikr, c’est apprendre à habiter toute une vie avec conscience.

Le Coran refuse ici une vision quantitative de la piété. Il ne demande pas toujours plus, toujours plus longtemps, toujours plus visible. Il enseigne au contraire que la justesse intérieure suffit. Celui qui part plus tôt sans perdre la conscience de Dieu est aussi juste que celui qui reste plus longtemps sans orgueil. Cette souplesse protège la religion de deux dérives opposées : le ritualisme rigide et la négligence déguisée en liberté.

Dans un monde moderne obsédé par la performance, l’optimisation et la comparaison, ce verset réintroduit une sagesse simple : ce n’est pas le nombre de jours, d’actes ou de paroles qui sauve, mais la présence réelle du cœur. Et le rappel final du rassemblement auprès de Dieu donne à cette sagesse tout son poids : vivre avec conscience aujourd’hui, c’est se préparer à se tenir debout demain. Le dhikr n’est donc pas une échappatoire spirituelle, mais un apprentissage de la vérité. Celui qui apprend à se souvenir de Dieu dans des jours comptés apprend à ne pas oublier l’essentiel quand tout s’accélère autour de lui.

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