9 Juillet 2026
L’affirmation d’une filiation divine est immédiatement suivie d’une glorification tranchante : Gloire à Lui. Cette rupture lexicale marque l’incompatibilité absolue entre l’unicité divine et toute projection généalogique. Attribuer un fils à Dieu reviendrait à Lui assigner un besoin, une continuité biologique ou une dépendance, ce qui contredit Son autosuffisance totale.
Le terme qânitûn indique une soumission ontologique universelle : toute la création est sous l’ordre divin, volontairement ou non. La filiation supposerait une égalité ou une proximité de nature, alors que le Coran affirme ici une dissymétrie radicale entre le Créateur et le créé.
Le qualificatif badî‘ exprime une création sans modèle, sans matière préalable, sans antécédent. Le kun fa-yakûn n’est pas un processus, mais l’expression d’une autorité absolue sur l’être. Dieu ne produit pas : Il décrète, et l’être advient.
Ces versets affirment une métaphysique de la volonté pure. La création n’est ni engendrement, ni transformation, ni prolongement. Elle est un acte souverain, instantané, qui ne diminue pas Dieu et ne procède d’aucune nécessité interne.
Ces deux versets constituent l’un des noyaux les plus denses du tawḥîd coranique. Ils ne se contentent pas de nier une croyance particulière : ils déconstruisent toute tentative de ramener Dieu à des catégories humaines. La filiation divine n’est pas seulement une erreur doctrinale ; elle est le symptôme d’un besoin humain de rendre Dieu familier, accessible, assimilable.
Le Coran refuse cette domestication du divin. Dieu n’est ni père, ni image, ni projection affective. Il est l’Absolu qui ne procède de rien et dont tout procède. En affirmant que tout Lui appartient et que tout Lui est soumis, le texte dissout toute hiérarchie intermédiaire, toute noblesse ontologique fondée sur la proximité supposée avec Dieu.
Le kun fa-yakûn (Sois ! Et il est !) vient alors clore toute spéculation anthropomorphique. Il rappelle que la puissance divine ne fonctionne pas selon les lois du monde créé : pas de médiation charnelle, pas de filiation, pas de transmission progressive. La volonté divine suffit, et l’être surgit.
Dans un contexte moderne où Dieu est souvent réduit à une figure symbolique, psychologique ou morale, ces versets réaffirment une transcendance radicale. Ils protègent la foi contre l’idolâtrie mentale autant que contre l’idolâtrie matérielle. Le croyant n’est pas invité à comprendre Dieu par analogie humaine, mais à se tenir devant Lui dans l’humilité, le silence intérieur et la soumission lucide.
Le monothéisme coranique n’apaise pas l’ego : il le désarme. Il ne rassure pas par la ressemblance, mais élève par la rupture. Et c’est précisément cette rupture – entre Dieu et toute projection – qui rend possible une relation vraie, libre de toute illusion.
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