Sourate Al-Baqara [2/218-219]

Sourate Al-Baqara [2/218-219]
Bloc 61 Versets 2/118 à 119

Traduction du sens des versets
{118} Et ceux qui ne savent pas disent : « Pourquoi Dieu ne nous parle-t-Il pas ? » ou : « Pourquoi un signe ne nous vient-il pas ? » Ainsi parlaient ceux d’avant eux, semblablement à leurs propos. Leurs cœurs se ressemblent. Nous avons clairement exposé les signes à des gens qui ont la certitude. {119} Certes, Nous t’avons envoyé avec la vérité, en tant qu’annonciateur et avertisseur. Et tu ne seras pas interrogé à propos des gens du Feu.

Translittération phonétique
{118} wa qâla alladhîna lâ ya‘lamûna lawlâ yukallimunâ allâhu aw ta’tînâ âyah ka-dhâlika qâla alladhîna min qablihim mithla qawlihim tashâbahat qulûbuhum qad bayyannâ al-âyâti li-qawmin yûqinûn {119} innâ arsalnâka bi-al-ḥaqqi bashîran wa nadhîran wa lâ tus’alu ‘an aṣḥâbi al-jaḥîm

Exégèse des quatre grands commentateurs
Fakhr ad-Dîn ar-Râzî
[ar-Râzî, Mafâtîḥ, s. 2/118–119]

La demande d’un discours direct de Dieu ou d’un signe spectaculaire n’est pas une quête sincère, mais une posture héritée. Elle relève de l’ignorance spirituelle, car elle refuse les signes déjà donnés. La similitude des cœurs à travers les générations montre que le problème n’est pas historique, mais intérieur.

Ar-Râghib al-Iṣfahânî
[al-Iṣfahânî, Mufradât, racines ‘-l-m / b-y-n]

L’expression qad bayyannâ al-âyât (« Nous avons clairement exposé les signes ») affirme que la clarté est déjà établie. L’absence de foi ne provient pas d’un manque de preuves, mais d’une incapacité à recevoir. Le signe n’agit que sur un cœur disposé à la certitude.

Muḥammad al-Ṭâhir Ibn ‘Âshûr
[Ibn ‘Âshûr, Taḥrîr, s. 2/119]

Le Prophète ﷺ est défini par une double fonction : annoncer et avertir. Il n’est ni contraignant, ni responsable du refus. La mission prophétique s’arrête à la transmission claire ; la réponse relève de la liberté humaine.

Muḥammad Ḥusayn Ṭabâṭabâ’î
[Ṭabâṭabâ’î, Mîzân, s. 2/118–119]

La formule lâ tus’alu ‘an aṣḥâbi al-jaḥîm (« Et tu ne seras pas interrogé à propos des gens du Feu. ») libère le Prophète ﷺ de toute culpabilité face au rejet. L’enfer n’est pas le résultat d’un défaut de guidance, mais d’un choix persistant contre la vérité exposée.

Résonnances contemporaines

Ces versets posent un diagnostic lucide sur une attitude récurrente de l’humanité : exiger toujours plus de signes pour ne pas répondre à ceux qui sont déjà là. La demande de miracles n’est pas neutre. Elle sert souvent à déplacer la responsabilité, à retarder l’engagement, à transformer la foi en spectacle.

Le Coran inverse radicalement la perspective. Dieu n’est pas silencieux. Il a parlé, Il a montré, Il a clarifié. Mais la révélation ne s’impose pas comme une contrainte sensorielle. Elle appelle une disposition intérieure. Le signe n’écrase pas la liberté humaine : il l’interpelle.

La ressemblance des cœurs à travers les générations révèle une loi spirituelle constante : le refus n’est jamais dû à l’absence de lumière, mais à la peur de ce qu’elle exige. Croire implique un déplacement intérieur, une perte de contrôle, une responsabilité. Celui qui demande sans cesse « autre chose » cherche souvent à éviter cette perte.

Le Prophète ﷺ est alors replacé dans sa juste fonction. Il n’est ni garant du salut des autres, ni comptable de leur refus. Il annonce et avertit. La suite appartient à chacun. Cette mise au point protège la foi de deux dérives : le messianisme autoritaire et la culpabilité excessive.

Dans un monde contemporain obsédé par l’événement, le spectaculaire, le visible immédiat, ces versets rappellent une vérité essentielle : le signe décisif n’est pas celui qui éblouit, mais celui qui transforme. Et seuls ceux qui veulent réellement voir reconnaissent que la parole révélée est déjà, en elle-même, un miracle suffisant.

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