Sourate Al-Baqara [2/226-227]

Sourate Al-Baqara [2/226-227]
Bloc 111 Versets 2/226 à 227

Traduction du sens des versets
{226} Ceux qui font le serment de s’abstenir de leurs femmes ont un délai de quatre mois d’attente. Mais s’ils reviennent, alors Dieu est Pardonneur et Miséricordieux. {227} Et s’ils décident le divorce, alors Dieu est Audient et Omniscient.

Translittération phonétique
{226} li-lladhîna yu’lûna min nisâ’ihim tarabbuṣu arba‘ati ashhurin fa-in fâ’û fa-inna llâha ghafûrun raḥîm {227} wa in ‘azamû al-ṭalâqa fa-inna llâha samî‘un ‘alîm

Exégèse des quatre grands commentateurs
Fakhr ad-Dîn ar-Râzî
[ar-Râzî, Mafâtîḥ, s. 2/226–227]

Ces versets encadrent strictement la pratique du îlâ’, serment de séparation par lequel un homme s’abstenait de son épouse, souvent pour la maintenir dans une situation indéfinie. Le Coran fixe une limite temporelle claire afin d’empêcher toute domination silencieuse. Le mari doit soit revenir sincèrement vers son épouse, soit assumer une séparation réelle. La miséricorde divine accompagne le retour, mais l’indécision prolongée est explicitement refusée.

Ar-Râghib al-Iṣfahânî
[al-Iṣfahânî, Mufradât, racines f-y-’ / ‘-z-m]

Le verbe fâ’û (revenir) indique un retour apaisé et effectif, non une reprise formelle ou intéressée. À l’inverse, ‘azama (décider) renvoie à une décision ferme, intérieurement assumée. La mention de l’« Audient et Omniscient » à la fin du verset rappelle que Dieu ne juge pas seulement l’acte extérieur, mais la vérité de l’intention qui le porte.

Muḥammad al-Ṭâhir Ibn ‘Âshûr
[Ibn ‘Âshûr, Taḥrîr, s. 2/226–227]

Le texte instaure une temporalité de discernement qui protège les deux époux. Le temps accordé n’est ni une punition ni une suspension arbitraire, mais une opportunité de lucidité. Le divorce est reconnu comme une issue possible, mais seulement après que la décision a été clarifiée et libérée de toute manipulation affective.

Muḥammad Ḥusayn Ṭabâṭabâ’î
[Ṭabâṭabâ’î, Mîzân, s. 2/226–227]

Ces versets manifestent l’articulation entre liberté humaine et cadre divin. Dieu ne contraint ni au maintien ni à la rupture, mais Il empêche que le lien conjugal soit instrumentalisé par l’orgueil ou la colère. La décision devient ainsi un acte spirituel, pris sous le regard de Celui qui connaît les cœurs.

Résonnances contemporaines

Ces versets affrontent une forme subtile de violence relationnelle : maintenir l’autre dans l’attente, sans parole claire ni décision assumée. Le Coran refuse ce non-choix, qui use l’âme et installe une domination silencieuse. En fixant une limite temporelle, il transforme l’indécision en responsabilité et oblige à sortir de l’ambiguïté.

La réconciliation est valorisée lorsqu’elle est sincère, habitée par la miséricorde et le pardon. Elle ne peut être un simple retour de façade destiné à conserver un pouvoir ou à éviter une rupture. À l’inverse, la séparation, lorsqu’elle devient inévitable, est reconnue comme une voie licite, à condition qu’elle soit assumée avec lucidité et dignité.

Dans un monde où les relations sont souvent suspendues, fragmentées, maintenues dans des zones grises faites de promesses vagues et de silences prolongés, ces versets rappellent une exigence fondamentale : la clarté morale. Aimer, revenir, ou se séparer sont des actes lourds de conséquences, qui engagent l’être tout entier. Le Coran enseigne ici que la vraie justice relationnelle ne consiste pas à éviter la décision, mais à la prendre sous le regard de Dieu, avec conscience, responsabilité et respect de l’autre.

Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
À propos
Globislam

...
Voir le profil de Globislam sur le portail Overblog

Commenter cet article