Sourate Al-Baqara [2/25]

Sourate Al-Baqara [2/25]
Bloc 11 Verset 2/25

Traduction du sens des versets
{25} Annonce à ceux qui croient et accomplissent les bonnes œuvres qu’ils auront des jardins sous lesquels coulent les ruisseaux. Chaque fois qu’ils y recevront un fruit en subsistance, ils diront : « C’est ce que nous recevions auparavant. » Et il leur sera donné quelque chose de semblable. Ils y auront des épouses purifiées et ils y demeureront éternellement.

Translittération phonétique
{25} wa bashshir alladhîna âmanû wa ‘amilû al-ṣâliḥâti anna lahum jannâtin tajrî min taḥtihâ al-anhâru kullamâ ruziqû minhâ min thamaratin rizqan qâlû hâdhâ alladhî ruziqnâ min qablu wa utû bihi mutashâbihan wa lahum fîhâ azwâjun muṭahharatun wa hum fîhâ khâlidûn

Exégèse des quatre grands commentateurs
Fakhr ad-Dîn ar-Râzî
[ar-Râzî, Mafâtîḥ, s. 2/25]

Après l’avertissement, le texte ouvre une perspective de miséricorde. La reconnaissance des fruits – « c’est ce que nous recevions auparavant » – indique une familiarité transfigurée : le connu n’est pas aboli, il est élevé. Le plaisir naît de la nouveauté du semblable, non de la rupture.

Ar-Râghib al-Iṣfahânî
[al-Iṣfahânî, Mufradât, racine sh-b-h]

La similitude n’annule pas la diversité. Les fruits se ressemblent en apparence mais se renouvellent dans l’expérience. La joie promise n’est pas répétition, elle est émerveillement sans épuisement.

Muḥammad al-Ṭâhir Ibn ‘Âshûr
[Ibn ‘Âshûr, Taḥrîr, s. 2/25]

Les « épouses purifiées » renvoient à une relation affranchie des impuretés intérieures : rancunes, jalousies, conflits. Le bonheur promis est fondamentalement relationnel, fondé sur une sociabilité pacifiée et stable.

Muḥammad Ḥusayn Ṭabâṭabâ’î
[Ṭabâṭabâ’î, Mîzân, s. 2/25]

L’éternité scelle la promesse. Il ne s’agit pas seulement d’une durée infinie, mais d’un état d’âme établi, d’une paix qui ne se fissure plus. La foi vécue trouve ici son accomplissement ontologique.

Résonnances contemporaines

Ce verset déploie une image du bonheur qui rompt avec les mirages habituels. Le Paradis n’est pas présenté comme une fuite hors du réel, mais comme l’aboutissement d’un réel purifié. Ce qui y est donné n’est pas étranger à l’expérience humaine : des fruits, des relations, une demeure. Pourtant, tout y est délivré de ce qui, ici-bas, abîme la joie – la lassitude, la jalousie, la peur de perdre, l’angoisse du temps.

La reconnaissance des fruits dit quelque chose de décisif : l’âme n’est pas confrontée à l’inconnu absolu, mais à une vérité reconnue. Le bonheur ultime n’est pas une excitation sans mémoire ; il est la confirmation d’un désir juste, longtemps pressenti, jamais comblé. Là où le monde promet sans cesse du nouveau pour masquer le vide, la promesse coranique annonce une nouveauté qui ne déçoit pas parce qu’elle accomplit ce qui était déjà en germe.

La pureté des relations occupe une place centrale. Le texte suggère que le conflit, la rivalité et l’usure affective ne sont pas des fatalités de l’amour, mais des accidents liés à la condition terrestre. En les abolissant, la promesse redéfinit le bonheur non comme possession, mais comme harmonie. La joie n’est pas solitaire ; elle est partagée sans menace.

L’éternité, enfin, répond à une angoisse profonde de l’homme moderne : tout ce qui est aimé est voué à disparaître. Ici, la stabilité promise n’est pas immobilité, mais sécurité intérieure. Le temps ne ronge plus. Le don n’est plus menacé. Cette perspective donne sens à l’effort présent : croire et agir ne visent pas une récompense artificielle, mais la restauration d’un rapport juste à soi, aux autres et à Dieu.

Ce verset rappelle ainsi que l’espérance n’est pas une consolation naïve. Elle est une orientation de vie. Celui qui accepte de se laisser transformer ici-bas découvre que le bonheur promis n’est pas étranger à son cœur : il en est la vérité enfin dévoilée, sans fin et sans manque.

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