Sourate Al-Baqara [2/55]

 Sourate Al-Baqara [2/55]
Bloc 55 Versets 2/104 à 105

Traduction du sens des versets
{104} Ô vous qui croyez ! Ne dites pas : « Râ‘inâ », mais dites : « Unẓurnâ », et écoutez. Et pour les négateurs, il y a un châtiment douloureux. {105} Ni les gens du Livre ni les associateurs n’aiment qu’un bien soit descendu sur vous de la part de votre Seigneur. Mais Dieu accorde Sa miséricorde à qui Il veut. Et Dieu est Détenteur de la grâce immense.

Translittération phonétique
{104} yâ ayyuhâ alladhîna âmanû lâ taqûlû râ‘inâ wa qûlû unẓurnâ wa isma‘û wa li-al-kâfirîna ‘adhâbun alîm {105} mâ yawaddu alladhîna kafarû min ahli al-kitâbi wa lâ al-mushrikîna an yunazzala ‘alaykum min khayrin min rabbikum wa allâhu yakhtaṣṣu bi-raḥmatihî man yashâ’ wa allâhu dhû al-faḍl al-‘aẓîm

Exégèse des quatre grands commentateurs
Fakhr ad-Dîn ar-Râzî
[ar-Râzî, Mafâtîḥ, s. 2/104–105]

Le terme râ‘inâ fut exploité par certains pour une insinuation insultante. Le Coran substitue un mot sans ambiguïté (unẓurnâ) et ajoute wa isma‘û pour exiger une écoute sincère. La foi requiert une parole droite et une intention transparente.

Ar-Râghib al-Iṣfahânî
[al-Iṣfahânî, Mufradât, racines r-‘-n / n-ẓ-r]

Unẓurnâ exprime l’attention bienveillante. La purification du lexique vise à préserver la dignité du message et du messager : la langue du croyant devient un acte d’adoration.

Muḥammad al-Ṭâhir Ibn ‘Âshûr
[Ibn ‘Âshûr, Taḥrîr, s. 2/105]

Le verset 105 dévoile le ressort du rejet : la jalousie face au transfert de la grâce. Dieu affirme Sa souveraineté absolue dans le don (yakhtaṣṣu bi-raḥmatihî man yashâ’, « Dieu accorde Sa miséricorde à qui Il veut »). La révélation n’est pas un droit héréditaire.

Muḥammad Ḥusayn Ṭabâṭabâ’î
[Ṭabâṭabâ’î, Mîzân, s. 2/104–105]

L’hostilité ne vise pas le contenu, mais l’élection divine elle-même. Le refus naît d’un orgueil blessé par la liberté de Dieu d’accorder Sa miséricorde à qui Il veut.

Résonnances contemporaines

Ces deux versets posent une éthique de la parole et une théologie du don. D’abord la parole : le Coran corrige un mot pour empêcher la ruse, l’ironie et l’ambiguïté. Il rappelle que le respect du message commence par le respect du langage. La foi ne tolère pas le double sens quand il sert la dérision ; elle exige une langue purifiée, alignée sur l’intention du cœur. Écouter vraiment (wa isma‘û), ce n’est pas seulement entendre : c’est consentir à être instruit, corrigé, déplacé.

Ensuite le don : le texte met à nu un ressentiment ancien et persistant – l’incapacité à supporter que la grâce soit donnée à d’autres. Le Coran tranche : la miséricorde appartient à Dieu seul. La jalousie religieuse n’est pas un désaccord doctrinal, mais une contestation de la souveraineté divine. Refuser le don parce qu’il ne vient pas « de nous » revient à refuser Dieu dans Sa liberté.

Aujourd’hui encore, ces versets éclairent nos pratiques. Les mots peuvent devenir des armes, les clins d’œil des mépris, les ironies des profanations. De même, la foi peut se raidir en identité jalouse, hostile à toute grâce qui déborde ses frontières. Le Coran appelle à l’inverse : parler clair, écouter humblement, reconnaître la lumière où qu’elle paraisse, et accepter que Dieu donne sans demander la permission des hommes.

La foi authentique se reconnaît à deux signes simples et exigeants : une langue loyale et un cœur non jaloux. Là où l’une manque, le lien se fissure ; là où les deux s’accordent, la grâce circule.

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