Sourate Al-Baqara [2/241-242]

 Sourate Al-Baqara [2/241-242]
Bloc 124 Versets 2/241 à 242

Traduction du sens des versets
{241} Et les femmes répudiées ont droit à une jouissance convenable, comme devoir pour les pieux. {242} C’est ainsi que Dieu vous expose Ses versets, afin que vous raisonniez.

Translittération phonétique
{241} wa li-l-muṭallaqâti matâ‘un bi-l-ma‘rûf ḥaqqan ‘alâ al-muttaqîn {242} kadhâlika yubayyinu llâhu lakum âyâtihi la‘allakum ta‘qilûn

Exégèse des quatre grands commentateurs
Fakhr ad-Dîn ar-Râzî
[ar-Râzî, Mafâtîḥ, s. 2/241–242]

Le verset généralise ce qui a été détaillé précédemment : toute femme répudiée, quelle que soit la configuration juridique du divorce, a droit à un matâ‘. Ce droit n’est plus rattaché à une situation précise, mais élevé au rang de principe éthique fondé sur la piété. La clôture par l’appel à la raison montre que cette prescription n’est pas arbitraire : elle répond à une logique morale accessible à l’intelligence humaine.

Ar-Râghib al-Iṣfahânî
[al-Iṣfahânî, Mufradât, racines m-t-‘ / ‘-r-f]

Le matâ‘ désigne un bienfait qui apaise et répare, sans réduire la relation à une compensation marchande. L’expression bi-l-ma‘rûf renvoie à une norme reconnue de justice et d’équité. En liant explicitement ce geste à la taqwâ, le verset fait de la bonté envers la femme répudiée un signe tangible de la conscience de Dieu.

Muḥammad al-Ṭâhir Ibn ‘Âshûr
[Ibn ‘Âshûr, Taḥrîr, s. 2/241–242]

Ces deux versets forment une conclusion pédagogique à toute la législation du divorce. Le don prescrit n’est pas une dette contractuelle, mais une institution morale destinée à restaurer la dignité de celle qui sort d’un lien rompu. L’injonction finale à raisonner montre que Dieu veut former des consciences capables de saisir l’esprit de la loi, et non de s’arrêter à ses seuils minimaux.

Muḥammad Ḥusayn Ṭabâṭabâ’î
[Ṭabâṭabâ’î, Mîzân, s. 2/241–242]

La répétition de la notion de matâ‘ dans plusieurs versets successifs révèle une intention claire : faire prévaloir la miséricorde sur la froideur juridique. La justice ici ne se contente pas de régler un conflit ; elle vise à purifier les relations humaines même dans leur dissolution. Le lien entre taqwâ et don confirme que l’excellence morale est attendue précisément là où l’ego voudrait se retirer.

Résonnances contemporaines

Ces deux versets ferment tout le cycle du divorce par un rappel d’une grande sobriété : la séparation ne met jamais fin à la responsabilité morale. Après les délais, les droits, les conditions et les limites, Dieu ramène l’homme à un principe simple et exigeant : ne pas laisser l’autre partir sans reconnaissance. Le matâ‘ devient ici le dernier mot de la relation, non comme un reste, mais comme un signe.

Ce geste n’est pas présenté comme une option charitable, mais comme un devoir des pieux. La piété n’est donc pas une disposition intérieure abstraite ; elle s’éprouve dans la manière de quitter. Offrir un matâ‘, c’est affirmer que la femme répudiée n’est ni effacée ni disqualifiée par la rupture. Elle demeure digne, reconnue, honorée dans ce qu’elle a été et dans ce qu’elle est encore.

Dans un monde où les séparations se terminent souvent par des silences amers, des calculs ou des luttes symboliques, ce verset introduit une autre logique. Il invite à partir sans nier, à rompre sans déshumaniser, à reconnaître sans raviver le lien. La grandeur morale ne consiste pas à faire valoir son droit jusqu’au bout, mais à préserver le faḍl – cette part de bien qui a existé entre deux êtres.

Dieu conclut par un appel à la raison, comme pour dire que cette éthique n’est pas inaccessible. Elle correspond à ce que l’intelligence droite reconnaît comme juste : ne pas transformer la rupture en humiliation, ni la loi en prétexte à l’oubli. C’est dans cette intelligence du cœur, éclairée par la foi, que la séparation devient non une chute, mais un passage digne.

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