Sourate Al-Baqara [2/243 à 245]

Sourate Al-Baqara [2/243 à 245]
Bloc 125 Versets 2/243 à 245

Traduction du sens des versets
{243} N’as-tu pas vu ceux qui sortirent de leurs demeures, par milliers, par crainte de la mort ? Dieu leur dit : « Mourez », puis Il les fit revivre. Dieu est Plein de grâce envers les hommes, mais la plupart des gens ne sont pas reconnaissants. {244} Combattez dans le chemin de Dieu, et sachez que Dieu est Audient et Omniscient. {245} Qui donc prêtera à Dieu un bon prêt ? Il le lui multipliera plusieurs fois. Dieu restreint et accorde avec largesse. Et c’est vers Lui que vous serez ramenés.

Translittération phonétique
{243} a-lam tara ilâ alladhîna kharajû min diyârihim wa hum ulûfun ḥadhara al-mawti fa-qâla lahumu llâhu mûtû thumma aḥyâhum inna llâha la-dhû faḍlin ‘alâ al-nâsi wa lâkinna akthara al-nâsi lâ yashkurûn {244} wa qâtilû fî sabîli llâhi wa‘lamû anna llâha samî‘un ‘alîm {245} man dhâ alladhî yuqriḍu llâha qarḍan ḥasanan fa-yuḍâ‘ifahu lahu aḍ‘âfan kathîrah wa llâhu yaqbiḍu wa yabsuṭu wa ilayhi turja‘ûn

Exégèse des quatre grands commentateurs
Fakhr ad-Dîn ar-Râzî
[ar-Râzî, Mafâtîḥ, s. 2/243–245]

Les versets évoquent un groupe qui a fui collectivement par peur de mourir. La parole divine « Mourez » révèle l’illusion de la fuite : nul n’échappe à la mort par le calcul. La revivification manifeste ensuite la souveraineté absolue de Dieu et Sa grâce, tout en soulignant l’ingratitude humaine. L’enchaînement avec l’ordre de combattre indique que la vie digne ne se protège pas par l’évitement, mais par l’engagement conscient.

Ar-Râghib al-Iṣfahânî
[al-Iṣfahânî, Mufradât, racines m-w-t / q-r-ḍ]

Le qarḍ ḥasan n’est pas une opération financière au sens strict, mais un don pur, fait avec sincérité et confiance. « Prêter à Dieu » signifie agir sans attendre de contrepartie immédiate, en s’appuyant sur la certitude que toute générosité authentique revient multipliée. Le langage du prêt vise à rendre intelligible une économie spirituelle fondée sur la foi.

Muḥammad al-Ṭâhir Ibn ‘Âshûr
[Ibn ‘Âshûr, Taḥrîr, s. 2/243–245]

La succession fuite–combat–don constitue une pédagogie de l’action responsable. La peur conduit à la dispersion, l’engagement dans le chemin de Dieu redonne sens et cohésion, et le don consacre cet engagement par le détachement. La mention de l’audition et de la science divines rappelle que l’intention accompagne l’acte et en détermine la valeur.

Muḥammad Ḥusayn Ṭabâṭabâ’î
[Ṭabâṭabâ’î, Mîzân, s. 2/243–245]

La fuite ne supprime pas la mort, le combat n’a de valeur que par l’intention, et le don ne porte fruit que par la confiance. Les versets replacent l’agir humain dans l’horizon du retour à Dieu : ce qui est donné dans ce monde est retrouvé dans l’au-delà. L’alternance entre restriction et largesse souligne que toute subsistance relève de la sagesse divine.

Hadîth thématique

« Celui qui équipe un combattant dans le sentier de Dieu a lui-même combattu. Et celui qui prend soin de sa famille en son absence a lui aussi combattu. »

[Ṣaḥîḥ al-Bukhârî, ḥadîth ṣaḥîḥ n°2843]
Résonnances contemporaines

Ces versets forment un ensemble cohérent qui démonte une illusion centrale : croire que l’on sauve sa vie en se retirant. La peur pousse à la fuite, mais la fuite vide l’existence de son sens. Le rappel divin est radical : la vie et la mort ne se négocient pas par la prudence calculatrice. Elles relèvent d’un décret qui appelle l’homme non à se cacher, mais à se tenir droit.

L’appel au combat ne se réduit pas à l’affrontement armé. Il désigne l’entrée responsable dans l’histoire, le refus de l’effacement, la défense de ce qui mérite de l’être. Dans ce cadre, le don apparaît comme l’aboutissement logique de l’engagement. Donner, c’est renoncer à l’illusion de possession et reconnaître que la véritable sécurité ne se trouve pas dans l’accumulation, mais dans la confiance.

Le bon prêt à Dieu inverse les logiques ordinaires. Il ne s’agit pas de donner pour recevoir, mais de recevoir en donnant. La multiplication promise n’est pas un calcul d’intérêt ; elle exprime une transformation intérieure et une fécondité réelle, sociale et spirituelle. Là où la peur rétrécit l’âme, le don l’élargit.

Dans un monde marqué par l’évitement, la neutralité prudente et la thésaurisation anxieuse, ces versets proposent une autre voie. Ils enseignent que la vie pleine commence lorsque la peur cède devant l’engagement, et que l’engagement trouve sa vérité dans la générosité. Dieu restreint et accorde : l’homme, lui, est appelé à agir sans se figer sur la crainte du manque. C’est dans cette confiance active que la foi prend corps, et que l’existence retrouve son axe.

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